Au coeur de la jungle : El Mirador – Tikal

 

Des mois que c’était dans notre ligne de mire, un véritable objectif…
Des mois que Nico le préparait, cherchait des infos et en rêvait… El Mirador ! La cité maya perdue, étouffée par la jungle…
Début Février, nous y voilà enfin…

 

Le Peten, tout au Nord du Guatemala, partage ses frontières avec le Mexique et le Belize et est au cœur de l’histoire de la civilisation Maya.
Le climat y est exactement conforme à l’idée que l’on se ferait des forêts tropicales : chaud et humide.
Nous y arrivons après une nuit de bus et prenons nos quartiers à Flores, petite ile sur le lac Peten Iza. C’est un petit village charmant, dont on fait tranquillement le tour en 30 minutes sur une promenade en partie inondée coté Est.

 

Sitôt arrivés nous nous mettons en quête d’agence ou de groupes susceptibles de partir prochainement au Mirador.

 

El Mirador, situé à environ 160 km de Flores est, à ce jour, la plus importante et la plus grande cité Maya jamais construite.
Particulièrement isolée, elle est entourée de jungle, et si les locaux l’ont toujours connue elle est découverte et commence à être explorée en 1926 seulement.
Il faut au moins deux jours de marche pour l’atteindre… Ce qui explique la découverte, l’exploration et le développement touristique tardif des lieux.

 

Très vite nous rencontrons Nicholas, un anglais, qui souhaite aussi faire 6 jours de trek.
Un groupe de 9 personnes part bien le lendemain mais fait l’aller-retour par le même chemin en 5 jours et nous tenons tous les trois à faire une boucle.
Au Guatemala rien n’est impossible ! On trouve donc une agence qui nous propose un départ le surlendemain et se charge de tout organiser pour nous : transport, repas, eau, campement, guide, mules et ariero (personne en charge du chargement et des mules qui porteront toutes nos affaires) pour 220€/personne.

 

Et nous voilà partis tous les trois à l’aube, prenant d’abord un chicken bus pour 4h de voyage avant d’arriver à Carmelita, communauté de chicleros (exploitant l’arbre à chicle, pour en faire du chewing-gum) transformés en guides, les seuls accrédités par l’organisme national de tourisme, les seuls (en théorie) autorisés à accompagner les touristes sur le site.
Ambrocio, 61 ans, sera notre guide et Genali, 19 ans notre ariero.
Dès notre arrivée au bureau on nous recommande de louer des bottes de pluies, nous risquerions d’en avoir besoin…
Le guatémaltèque étant, certes, généralement prêt à prendre tout gain possible, mais surtout sympa et serviable, nous nous disons que ça ne coute rien de leur faire confiance…

Grand bien nous en a pris !

 

 

Les 2 premières journées nous devons rejoindre Tintal, puis El Mirador, chaque site étant éloigné d’au moins 30 km. Si en temps normal le trajet peut se faire en 6h, il nous faudra 7h45 pour atteindre chaque campement…
7h45 dans une mêlasse incroyable… Il a pas mal plu ces derniers temps dans la région et nous évoluons sur un chemin plein de boue par lequel sont passés avant nous humains et mules en nombre suffisant pour en faire une bouillie infâme !

Nous nous enfonçons donc dans la boue, au mieux, jusqu’au cheville, au pire jusqu’au  milieu du tibia, au milieu d’une jungle luxuriante mais hostile, presque agressive entre les branches qui vous cinglent bras et visage et les moustiques qui vous harcèlent.
Entendons-nous bien… Si vous croyez avoir déjà été harcelés par des moustiques, en Camargue par exemple, vous n’avez rien vu !!!! Ceux-là sont non seulement nombreux, gros et insistants mais aussi téméraires ! Vous avez mis du produit sur tout votre corps ? En êtes-vous bien sûrs ? Car ils vous foncent dans la bouche, dans les narines ou dans les yeux ! Et dans une jungle ou le taux d’humidité avoisine les 90%, ou l’eau est omniprésente, votre meilleur produit anti moustique ne tiendra pas plus d’une heure !

Mais nous évoluons dans un contexte et un environnement tout simplement incroyable, la jungle nous semble vierge et nous voilà transformés en véritables explorateurs, traçant leur chemin machette à la main !

C’est mieux de garder cette image à l’esprit… Car si pour marcher 8h il faut, certes, être en forme, il faut surtout un mental d’acier pour résister à l’envie de se dire « Demain ce sera pareil, les jours suivants aussi, bientôt on ne verra plus la surface de ma peau sous les piqures, mes chaussettes ne se détacheront plus de mes pieds… Non, je ne peux pas faire 6 jours là-dedans, je rebrousse chemin ! »

8h c’est long… Je ne sais pas, imaginez par exemple…. Votre journée de travail, toute entière, passée à marcher dans de la boue…
Et comment vous parait votre travail maintenant ?

 

Bref ! Nous voilà lancés, amusés d’abord, et pleins d’énergie, dans une grande aventure, mais ce seront trois compères épuisés qui atteindront le camp chaque soir…
Inutile de vous dire qu’alors nous ne pensons qu’à la douche, au repas (quel qu’il soit) et au matelas qui nous attendent. Pour autant, une fois posés, nous passons ensemble de très bonnes soirées, le moral est bon et tous les matins nous repartons à zéro !

 

Chaque camp est gardé toute l’année et peut accueillir plusieurs dizaines de visiteurs.
Nous y dormons en tente, sur un petit matelas de mousse et abrités par un toit de feuilles de palmiers.
La cuisine est un âtre, alimenté par un feu régulier, la douche un coin, avec son seau d’eau froide, entouré de bâches (parfois donnant directement sur la jungle), tout comme les toilettes : un grand trou creusé dans le sol…
On récupère l’eau de pluie que l’on filtre, un petit panneau solaire fourni quelques heures d’électricité pour l’éclairage et des mules ramènent le reste pour que les gardes aient ce qu’il leur faut.

 

Le 3eme jour c’est LA journée qui m’a fait tenir jusque-là : celle où nous explorons le site : El Mirador !

Ce serait la plus ancienne, la plus puissante et la plus grande cité Maya connue.
Elle aurait régné sur tout le territoire alentour, jusqu’à Tikal, que l’on pensait jusqu’à il y a peu la plus puissante.
Les fouilles étant plutôt récente, le site est encore complètement recouvert et entouré par 32.000 Ha de jungle, il faut donc une sacrée imagination pour se représenter ce que la cité a pu être…
Des chemins en stuc blanc la parcourait sur près de 16 km², ses pyramides et ses Acropolis étaient les plus hautes et les plus larges du monde maya, recouvertes de peinture rouge.

 

Quelques découvertes mises à jour sont tout de même impressionnantes, en particulier une frise de 3 mètres sur 4 dans un état impeccable.

Le complexe principal a d’abord nécessité la création d’une première plateforme de 300 mètres x 600 mètres de cotés et haute de 7 mètres… D’autres ont été ajoutée pour finalement accueillir la pyramide La Danta qui culmine à 72 mètres de hauteur… La plus haute des pyramides du monde Maya.

 

Pourtant, c’est une civilisation qui ne disposait ni de la roue, ni d’équidés ou de bêtes de somme pour porter et déplacer… Tout a donc été réalisé par des humains, et à la seule force de leurs mains. Incroyable !

De découverte en découverte nous atteignons La Danta pour le coucher du soleil ou nous avons l’impression de dominer le monde. Sur des kilomètres à la ronde on n’aperçoit que la cime de cette jungle, une vraie mer verte, parsemée de quelques pyramides éparpillées.

Cette journée un peu plus cool aura aussi été l’occasion de discuter avec Ambrocio et Genali, d’apprendre à les connaitre… et faire des tortillas !

 

 

Nous voilà requinqués ! Il nous reste 3 jours de trek et même si nous sommes maintenant prêts, le mental reste décisif pour les jours à venir.
Le 4ème jour nous marcherons 3h30 seulement sur un chemin très correct pour découvrir un autre site : Nakbé. Les ampoules s’élargissent petit à petit dans les bottes et les chaussettes mouillées…
Le 5ème jour est le plus long : 8h15 à un rythme bien plus rapide mais sur un terrain plus indulgent. Nos bras, et jusqu’à nos visages continuent de se recouvrir de piqures…
Et le 6ème, jour, en ce qui me concerne, est le jour de trop, 4h de boue à nouveau, les pieds pleins d’ampoules douloureuses, le corps entier qui me démange…

 

Cet article s’éternise et pourtant je l’ai retravaillé tant de fois pour le raccourcir…
Ce que je ne vous ai pas dit mais qui a compté tout autant ce sont les innombrables animaux que nous avons croisés : pécaris, coatis, renards, fourmis camillovores, moustiques monstrueux, oiseaux, serpents, singes hurleurs ou araignées avec qui nous avons cru jouer mais qui nous ont juste uriné dessus !
Les bruits de la jungle nuit et jour, les odeurs mêlées de pluie, de terre, de végétation, de boue et l’atmosphère qui se dégage de ces lieux incroyables vieux de quasiment 3.000 ans…
Et tout ce que nous avons partagé avec Ambrocio et Genali, la chance de parler espagnol pour réussir à créer avec eux un échange, une complicité…
Et le trio, Cam et les 2 Nic(h)olas. Car notre compagnon anglais a été une vraie rencontre, un vrai coup de foudre amical, comme nous l’avions vécu avec David.

 

Le bilan ? Presque 130 km parcourus en plus de 37 heures de marche, mais surtout une expérience unique, une immersion dans un autre monde, l’impression d’être privilégiés d’avoir vu ce site, un vrai challenge relevé et une aventure humaine aussi…

 

 

Et justement, quand nous rentrons tous les trois à Flores il n’est pas question de nous quitter comme ça, d’autant que c’est l’anniversaire de Nicholas (l’autre !).
Nous retrouvons là aussi David, après son passage au Honduras, qui en route pour Tikal attendait notre retour.
Et nous passons tous les quatre 2 jours à nous donner rdv aux repas comme pour ne pas nous séparer trop violemment.

Mais Nicholas doit partir au Mexique et nous devons nous dire au revoir, pleins de promesses de retrouvailles.

 

Tant qu’on est dans les sites mayas majeurs, et dans le Peten, nous partons avec David vers El Remate, toute petite ville de l’autre côté du lac, plus tranquille et plus proche de Tikal.
L’occasion d’y rester pour nous reposer et récupérer…

Nous n’attendions peut-être plus rien après les 6 ou 7 sites mayas déjà vus, mais Tikal, probablement le site le plus visité, fut une excellente surprise !
Le travail de découverte est nettement plus avancé, les principales structures sont mises à jours et des places dégagées sont aménagées afin d’en profiter au maximum et parfois les escalader.
Pour autant, le site est immense et entouré de jungle, on peut donc encore éviter la foule (nous sommes aussi en basse saison ici…) et découvrir les structures les plus impressionnantes du monde maya après une belle balade en pleine jungle.

 

 

C’est tout simplement majestueux, et lorsqu’on a vu Tikal on ne peut qu’imaginer à quoi ressemblera El Mirador une fois le site mis à jour et aménagé…

Tiens… Une belle excuse pour revenir dans une ou deux décennies !

 

David doit aussi nous quitter là, et cette fois c’est vraiment un au revoir, il part vers le Belize puis retrouver sa belle au Costa Rica avant de rentrer en Europe. Là aussi nous nous promettons des retrouvailles en Europe dans quelque temps…

 

Quant à nous, nous restons encore quelques jours à buller à El Remate avant de reprendre notre voyage vers le Sud Est…

 

10 commentaires à propos de “Au coeur de la jungle : El Mirador – Tikal

  1. Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, El Mirador !!! Comment c’est trop le rêve !! Je ne savais pas que vous comptiez y aller. Râlalalala !
    Ça c’est quelque chose qui me fait envie. Certainement les vieux restes d’Indiana Jones et de lectures.
    C’est chouette aussi d’en savoir un peu plus sur votre quotidien, sur vos rencontres.
    Et franchement pas besoin de raccourcir vos articles, on vient pour avoir des récits, pas des Tweets à la con !

  2. Les trois marseillaises en direct de San Juan cerca del lago Atitlan en pleine conversion maya-catolico-evangelico !

    Valérie s’est fait une grosse entorse à Tikal sur le site maya et se fait soigner ici par des chamans. Elle hurle de douleur mais il paraît que c’est bon signe !

    On a été très heureuses de vous rencontrer et nous aussi on espère vous voir à votre retour.

    Magnifique article, comme d’hab Cam !!
    On revient avec vous dans 10 ans quand il y aura moins de moustiques et qu’on pourra arriver en montgolfière.

    On vous suit ! Photos sublimes !

    Demain on ramène Pépita à Guatemala ciudad et Morgane et Valérie continuons vers le sud-ouest en quête de farniente !!

    À bientôt !! Besitos

    P-s : c’est quoi votre nawal à vous ?

    • Cam Cam

      Ahahahah ! Soigner une entorse avec un chaman… c’est une idée !
      Bon courage a Pepita pour la reprise, bon farniente à Val et Morgane, nous aussi on a été ravis, bientot dans vos boites mails 1 ou 2 photos souvenirs… Et a notre retour un time’s up endiablé ou vous voulez !
      Moi mon nawal c’est tous les elements, mais mon animal, ce serait forcement Toto ;-)
      Besos

  3. Monique Leclerc

    Hola!
    Magnifique reportage et j’ai souffert avec vous dans la longue marche jusqu’au Mirador que je ne verrai probablement jamais, mes vieux os étant ce qu’ils sont.
    Je suis de retour à Antigua après une semaine passée à SanJuan del Lago de Atitlán complètement recluse au merveilleux éco hôtel Uxlabil géré par la coopérative locale et juché dans la colline en retrait du village de San Juan. J’ai pu longer le lac en kayak mis à ma disposition et découvrir les petites communautés qui s’affairent à la culture en étage en toute quiétude. Je me suis aussi baigné dans les eaux cristallines du lac là où la pollution n’a pas encore atteint les berges et aucun touriste à l’horizon.
    Juan, le gérant de l’hôtel et ornithologue émérite m’a initié à l’observation des oiseaux qu’il pouvait nommé en latin, en tzeltal-chol (dialecte maya local), en espagnol et en anglais. Pas de quetzal (oiseau emblème du Guatemala) en vue cependant, mais oh combien d’autres, aux chants et aux coloris magnifiques.
    Qu’on se le dise, il est encore possible de visiter El lago dans des conditions plus qu’acceptables.
    Bonne route à vous deux y cuidase
    mo

    • Cam Cam

      Merci Mo de proposer une alternative plus heureuse à notre vision tronquée du lac ! Bon ben on a vraiment l’impression d’être passés à coté de quelquechose :-(
      Du coup on a une proposition à te faire… Tu veux pas nous passer devant pour nous donner les bons tuyaux ?
      Besos

  4. Laplaze Evelyne

    Comme si on y était… j’ai même l’odeur de la tortilla et la piqûre de moustique. ça fait rêver. La marche (très très très sportive valait la peine mais effectivement il n’y a pas de photos de temples enfouis sous la végétation que ton chéri de reporter photographe nous avait montrées à propos d’Angkor.
    Encore, encore des textes et des photos et merci!

    Laplazemam.

  5. Pap

    Que nous réservent encore Camicolas après Pimp my bus et El mirador. Bus exubénifique et pic au-dessus de la jungle sylvififlante.
    D’ailleurs j’en ai fait mon fond d’écran ! De ce dernier. Avec 2 trekkeurs bien connus. Et ils sourient !
    Moi aussi.

    Besos.

    • Cam Cam

      Wahou ! Un mot de Pounet ! J’en souris aussi !
      Dans 6 semaines on en fait une tous les quatres pour ton nouveau fond d’ecran ;-)
      Besos

  6. Monique Leclerc

    Chèr(e)s vous deux,
    J’ai seulement l’avantage d’avancer dans ce merveilleux pays à pas de tortue ce qui me donne le temps de glaner des infos et de changer d’idée souvent.
    La seule bonne nouvelle en ce moment est que je quitte Antigua mardi, le 4 prochain, direction Rio Dulce et Livingston par bus direct avec la compagnie Litegua la seule à offrir Antigua-Rio Dulce pour 27$ aller-retour sans passer par Guatemala City contrairement à ce qu’offrent toutes les agences d’Antigua. Ce sont mes hôtes à Antigua qui m’ont enlignée sur cette option, un secret bien gardé?
    Pour le reste on verra poco a poco…
    cuidase
    mo

  7. annoMali

    Tu m’épates sobrina !!!
    A Sotchi , on a parlé d’exploit quand Pierre Vaultier a été sacré champion olympique en snowboard-cross, « amputé » de ses ligaments après des opérations des genoux…pour une course de qques secondes …
    Et toi , en bottes de pêche , dans la boue ,sans entraînement , dévorée par des insectes d’un autre temps , attaquée par tout ce que la jungle compte de prédateurs , harcelée par des trekkeurs expérimentés , après 37h de marche , tu as vaincu « El Mirador » et dominé le monde maya !!!
    Ah tu m’épates sobrina !!! Tu veux une médaille ?? …………
    C’était donc ça « Le pic de Dante »….pardon de La Danta !
    Quel plaisir que la lecture de vos très-pidantes aventures , rehaussée par les sublimissimes photos de Nico ! :leçons de choses , de botanique , de cuisine (« Camille et les garçons , à table ! »…faut suivre l’actualité people !) leçons de vie et belles rencontres .
    Je vois qu’aujourd’hui , la pause sera bien « Utila » pour soigner les ampoules et recharger les batteries .
    Je ne vais pas vous plaindre non plus……..mais je vous embrasse !
    Sportez vous bien .

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