Au Japon, sur les traces de l’histoire…

 

C’est peut-être un lieu commun : le Japon combine modernité et tradition, mais rien n’est plus juste et plus à même de décrire l’heureux paradoxe que peut être ce pays.

Après plus de 7 mois en version originale non sous-titrée, notre arrivée au pays du soleil levant est un choc, et malgré notre débrouillardise nous voilà revenus à l’état de jeunes enfants tentant d’appréhender un monde inconnu…

 

Bien sûr après une journée à Tokyo on a compris comment fonctionnaient les métros, les trains, les bus, comment dire bonjour et merci et ou chercher à manger ; mais nous ne sommes pas prêt d’oublier notre abattement à la vue de la 1ère gare ou tout est écrit en japonais et le saisissement que fut la foule, la marée humaine, dans les sous terrains de la station la plus fréquentée au monde : Shinjuku.

DSC_5399 [1280x768]127 Millions d’habitants sur un territoire deux fois plus petit que la France… Forcément ça grouille, presque partout et en particulier à Tokyo ou se mêler à cette faune peut être, en soi, une expérience : sur le passage piéton de Shibuya, mais aussi aux abords des nombreux temples et sanctuaires cachés dans les parcs et entre les buildings.
Car c’est probablement là que se conjugue le mieux le paradoxe…
On passe d’un sanctuaire parmi les plus anciens du Japon au quartier le plus « à la pointe » de la technologie en quelques minutes… On croise des pseudos Geishas et au coin de rue suivant des jeunes déguisées en héroïnes mangas ! On prie et on fait des offrandes en habit traditionnel et on s’enferme pour le week-end dans un Manga Kissa ou on peut lire des mangas, jouer, regarder des vidéos, boire et manger sans sortir de là…

Pour nos yeux vierges de cette culture c’est un ravissement et un étonnement permanent !

 

A Hiroshima, un peu plus au calme, je m’essayerais au zen japonais au travers de l’art des Origamis (avec quelques déconvenues…).

Il est devenu ici une tradition très ancrée au travers de l’histoire de Sadako Sasaki, une jeune fille atteinte d’une leucémie suite au bombardement d’Hiroshima. Convaincue que son vœu de guerir serait exaucé si elle parvenait à réaliser 1000 grues en Origami comme le disait la légende elle se lança à corps perdu dans cette entreprise. Elle n’y parvint pas et mourut mais son histoire toucha la ville et le pays entier, d’autres terminèrent ses pliages et d’innombrables Origamis arrivent toujours du monde entier.

Si nous ne pensions pas Hiroshima comme un incontournable, ce fut un aspect de l’histoire du Japon très instructif. Bien sûr nous en connaissons tous l’histoire, pourtant le traitement japonais, avec cette pudeur et cette finesse qui leur est propre, est un éclairage nouveau pour nous. Loin de s’appesantir sur les effets de la bombe A sur les populations au travers d’horribles photos, le musée tache de relater les faits historiques de la manière la plus objective possible (on apprendra donc que la bombe ne s’est pas abattue au sol mais explosa a 600 mètres de hauteur, la météo du jour J, le récit de quelques instants précédents vécus par les survivants, la retranscription de l’échange radio avant le largage…etc.). Mais le musée s’emploie surtout à informer les populations sur les détenteurs actuels de l’arme nucléaire, les effets et la puissance probable de ces dernières et pointe du doigt les trop nombreux essais entrepris. Les maires d’Hiroshima envoient donc depuis les années soixante une lettre aux nations à chaque essai nucléaire réalisé. A ce jour sur les murs du musée il y en a 660…

On sort de là en se sentant autant imprégné d’une histoire forte et bouleversante que d’une énergie démesurée pour construire et lutter, et c’est certainement cet état d’esprit qui a sauvé la ville et le pays après la guerre et en a fait la puissance que l’on connait aujourd’hui (au passage on signera, bien sûr, la pétition demandant aux chefs d’états du monde entier d’accepter de tenir enfin une convention sur l’arme nucléaire).

DSC_5459 [1280x768]
C’est dans ce même esprit qu’ils s’accrochent pour redévelopper le tourisme après l’explosion de Fukushima et que, régulièrement, ils vous remercieront de venir visiter leur pays et de lui permettre un peu ainsi de se relever…

 

Et puis, nous avons remonté le temps jusqu’au « vieux Japon »…

 

 ———————————————————

Intermède…

Je vais essayer d’éviter de vous abrutir de noms japonais que j’ai eu toutes les peines du monde à retenir ou à noter correctement…
Mais vous allez quand même être un peu abrutis de (courtes) descriptions de sites religieux…
Sachez que lorsque j’emploie alternativement temple ou sanctuaire ce n’est pas juste pour éviter les répétitions.
Il y a historiquement 2 cultes majoritaires au Japon : le Bouddhisme et le Shintoïsme (ou Shinto). En très résumé :

- le Shintoïsme est polythéiste et basé sur le caractère sacré de la nature, c’était la plus ancienne religion du Japon. Les lieux de cultes sont des sanctuaires, très ouverts et dépouillés, ils sont souvent de couleur rouge vif.

- le Bouddhisme, plus récemment importé au Japon (8ème siècle quand même !), vénère le Bouddha et prône le zen, le renoncement et tout un tas d’autres choses qui mériteraient un article à part entière !

 

  ———————————————————

 

Nara fut la plus ancienne capitale du pays (mais pendant moins d’un siècle), la cité dans laquelle, après une guerre de clan, s’imposa le bouddhisme venu de Chine est celle où se trouve encore le plus vieux temple du Japon au cœur du quartier Naramachi.

DSC_6110 [1280x768]C’est là que l’on croise ces vieilles maisons de bois sombres, Ryokan (auberges traditionnelles) et anciennes boutiques, sauvegardées et réhabilitées peu à peu.
C’est là aussi qu’un jour pluvieux nous dégusterons le fameux Saké, l’alcool de riz cher aux japonais. Et de découvrir que non, ce n’est pas une banale eau de vie sans gout et un peu trop forte. Ce peut aussi avoir une saveur variée, parfois fine et fruitée et même, nous dira notre hôtesse, pour certains, avec un gout de champagne… Oui, enfin pas tout à fait quand même !

Dans le parc Koen ou on aurait du mal à occuper moins d’une journée à la découverte des nombreux sites religieux construit autour des palais et jardins zens, on réalise que nature et croyances sont intimement mêlées.
Les éléments sont parties prenantes des lieux de cultes comme des lieux de vies et rendent ces sites plus mystiques encore. Qu’il s’agisse d’une forêt, d’un mont, d’un jardin zen, d’une rivière ou d’animaux sacrés la nature est partout.

DSC_6011 [1280x768]Le Todai Ji abrite le plus grand Bouddha au monde, bien gardé par les effrayants gardiens des portes présents devant chaque temple d’importance, et le Kasuga Taisha enfoui sous ses lanternes et celles de pierre à l’extérieur pourrait aussi bien voir passer régulièrement des sylvains ou Mononoké…
(Pour les néophytes il est vraiment temps de découvrir l’univers des Studios Ghibli !)

Ainsi on se promène avant tout dans une forêt envahie par les daims, aussi au cœur de l’histoire de Nara. Ces animaux seraient les messagers des dieux et ont depuis toujours été laissés libres. Nourris et respectés, ils ont envahis plusieurs villes et villages du Japon.

 

Nous les avions déjà croisés à Miyajima, superbe petite île de la mer intérieure du Japon sur laquelle se trouve probablement l’une des images les plus représentatives du pays : l’impressionnante porte rouge : l’O-Torii du sanctuaire tout aussi rouge : l’Itsukushima.
L’île est si envahie de touristes que les daims se tiennent aux portes du ferry, attendant les dons mais les prenant souvent d’eux même dans les poches et les sacs des moins attentifs !

Si elle semble à beaucoup trop petite pour s’y arrêter nous avons pourtant choisi d’y rester deux nuits et avons pu ainsi profiter d’elle et de ses temples et sanctuaires en toute quiétude.

DSC_5837 [1280x768]Les fluctuations du soleil et de la lune nous font appréhender les lieux de différentes manières. A marée basse, au pied de la « porte » on se sent minuscule et le sanctuaire à l’air d’un bateau échoué… A marée haute il flotte, se reflète et la porte parait si lointaine, inaccessible…
Par chance avant de quitter l’île nous avons pu assister à une cérémonie incroyable mettant en scène des moines faisant des offrandes et priant sur la musique d’une (insupportable) flute et des danses traditionnelles qui avait plutôt l’air d’entrainement de Kendo chorégraphiés.

En chemin vers le mont Misen, sommet de l’île, on croise tout naturellement de nombreux sanctuaires et petits temples, encastrés, imbriqués dans la végétation et les reliefs de la montagne, dont le majestueux temple Daisho-In…

 

Kyoto supplanta Nara dès la fin du 8ème siècle et jusqu’à la fin du 19ème, semant d’innombrables lieux de cultes et palais tout autour de ce qui est aujourd’hui la 2ème ville du pays mais est encore considérée comme sa capitale culturelle. On ne peut donc échapper à son urbanité démesurée à l’inverse de Nara la petite provinciale calme et tranquille. Malgré cela tous les abords des sites restent eux aussi préservés et aménagés, permettant, le temps d’une visite, de « revivre » l’isolement ou l’environnement de l’époque.

C’est notamment le cas dans le quartier de Gion, réputé pour ses maisons de thé ou l’on trouvait le plus grand nombre de Geishas. Rénové, le quartier semble tout droit sorti d’un film d’époque et quand on a la chance de le voir à la nuit tombée on se croirait téléportés presque un siècle en arrière, cherchant, en vain, des Geishas aux coins des ruelles sombres.

 

DSC_6158 [1280x768]

 

Parmi les quelques 2000 sites que compte Kyoto 17 sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco, dont le superbe Kinkaku-Ji, le Pavillon d’or, qui se reflète dans le lac de son jardin. Il fut reconstruit et doré sur 2 niveaux à la feuille d’or après un incendie que causa un moine, mais qui permit aussi à la littérature japonaise de compter un nouveaux chef d’œuvre : « Le Pavillon d’Or » de Mishima.
Quel plaisir de voir cette merveille… au milieu de centaines d’autres touristes en faisant la queue pour réussir à faire la photo parfaite ! Si cette agitation ne rend pas honneur au lieu et à son histoire c’est tout de même à mon sens un incontournable.

De l’autre côté de la ville on trouve le tout aussi célèbre sanctuaire shinto aux milliers de Torii rouges vif, ou le renard (autre messager des dieux) est à l’honneur, lui aussi entouré de forêt et ou s’égrènent d’innombrables autres petits sanctuaires… Il semble si facile de s’y perdre.
A l’Est, depuis le Gingaku-Ji (qui aurait dû, lui, être couvert d’argent mais n’en a jamais vu la couleur), on suit le « chemin de la philosophie » en longeant le canal et on découvre un autre aspect de Kyoto le dimanche, un quartier calme et charmant à quelques pas d’une des avenues les plus fréquentées de la ville.

DSC_6495 [1280x768]Si nous en avons vu ailleurs c’est là que nous croiserons le plus de Tanuki, ce petit (ou gros) animal curieux dont la statue trône devant les maisons. Il nous intrigue beaucoup et nous mettons un certain temps à trouver de quoi il s’agit (sorte d’ourson ? raton laveur ? blaireau ?) et quelle est sa fonction. Nous l’appelons chien Viverrin et oui, c’est un chien, bien que sa photo confirme qu’il soit plus proche du raton laveur ! Au Japon il est considéré comme un esprit de la forêt capable de changer de forme (voir le très bon dessin animé Pompoko des studios Ghibli sur le sujet) et amènerait sur le foyer chance et prospérité.

Suivra le temple Nanzenji, demeure devenue temple dans laquelle nous verrons pour la première fois les incroyables peintures japonaises du 16ème siècle qui ornent les parois coulissantes des pièces intérieures… Photos interdites, je vous laisse donc chercher en vos souvenirs ou votre imagination à quoi peuvent bien ressembler ce qu’on pourrait qualifier d’enluminures à grande échelle : la finesse de traits minuscules dessinant des cerisiers en fleurs, des moines priant, des tigres flamboyants et rugissants sur un fond d’or…

La pluie nous surprend une fois de plus à Kyoto écourtant un après-midi de découverte. Juillet est le second mois le plus pluvieux de l’année au Japon… Nous aurions dû nous y préparer ! Mais c’est encore intéressant de voir les rues désertées, les boutiques abandonnées dans les vieilles rues commerçantes ou l’on tente de vous appâter à coup de sucreries.
Moi c’est vers les Tenugui, tissus destinés au Furoshiki (technique d’emballage…) que je m’orienterais.

 

Pour explorer un peu plus le « vieux japon » nous parcourons à pied un petit bout de l’ancienne route Nakasendo qui reliait Kyoto à Edo (l’ancien nom de Tokyo). De Magome à Tsumago (8 petits kilomètres, 100 mètres de dénivelés… Ce fut un peu court !) nous avons surtout apprécié ces deux minuscules mais adorables villages où nous en avons profité pour adopter la lenteur locale et le mode de vie d’un Ryokan de l’époque : bain, soirée en kimono d’intérieur et repas traditionnels mémorables…

 

DSC_6418 [1280x768] 
Et une fois de plus… Non, on ne peut plus dire qu’on a été surpris par la pluie, d’autant qu’on ne pouvait plus passer à côté de l’info : le Typhon Neoguri, d’une force présumée incroyable, s’apprêtait à balayer le pays…
Étonnant d’apprendre qu’un pays qui honore tant la nature et les éléments (ou malgré le fait qu’il les honore…) subi 20% des catastrophes naturelles les plus violentes au monde…
Un autre Ryokan près de la montagne nous a donc abrités pendant 2 jours mais la météo perturbée nous aura empêchés de voir les fameuses Alpes Japonaises réputées si belles… Reclus à Matsumoto nous en aurons quand même profité pour visiter le plus vieux château du Japon, bien préservé car jamais attaqué et parfaire un peu notre culture gastronomique…

 

Visiter le Japon ce n’est pas seulement crouler sous le poids de l’histoire et de ses représentations…
Observer les japonais et tacher, pour quelques semaines, de découvrir et d’adopter leur mode de vie fut tout aussi dépaysant et intéressant…
A venir dans le prochain article !

2 commentaires à propos de “Au Japon, sur les traces de l’histoire…

  1. Armelle

    En lisant l’article on comprend bien que malgré son modernisme, le Japon a su préserver ses lieux historiques et religieux. Avez-vous pu voir comment les japonais le vivent au quotidien ? Vous nous avez fait partager votre découverte du saké (je te reconnais bien là Camille !!!), et pour la cuisine ? Avez-vous vécu de grandes expériences ou aventures culinaires ? Je suis curieuse…
    Gros bisous Armelle

    • Cam Cam

      Ça vient, ça vient ;-)

      La bise !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *