Bali des terres

 

Qu’une si petite île (5600 km ²) offre tant de paysages variés nous a autant surpris qu’enchantés, le Bali des terres n’ayant rien à envier à celui des mers…

 

La fameuse Sidemen Road, au centre de Bali, sera notre 1er aperçu des fameuses rizières qui couvrent une partie du territoire. Et elles sont bien, ici et ailleurs, à la hauteur de leur réputation ! D’un vert à peine croyable et semblant s’étendre jusqu’à l’infini ! Nous les parcourons à scooter, entourés par cet uni-vert vivant mais reposant.

Le riz est la base de l’alimentation balinaise, chaque habitant en consommerait 500g par jour, et chaque famille aurait ses propres parcelles pour subvenir à ses besoins. L’eau est une richesse : les hauts volcans du Nord et leurs sources pourvoient à l’alimentation en eau de toute l’île, elle arrive directement dans les rizières par des canalisations mises en place et entretenues par le gouvernement. Il se dit pourtant que face au développement touristique ces richesses seraient en danger… Pour étendre encore les zones d’accueil des rizières sont rasées au profit d’hôtels-restaurants et l’énorme quantité d’eau que consomment les nombreux touristes pourrait bien parvenir à tarir les sources.

DSC_8396 [1024x768]Au pied du plus haut, plus majestueux et plus vénéré des volcans de Bali : le Gunung Agung, se dresse le temple hindou Pura Besakih. S’il est une beauté architecturale, et qu’en plus nous avons la chance de le visiter lors d’une cérémonie bien spéciale, ce n’est malheureusement pas le souvenir qu’il me laissera.
Car c’est certainement l’endroit où l’insistance, l’agressivité et la mauvaise foi des balinais-arnaqueurs s’exercent avec le plus de hargne. Dès l’entrée, ou l’on vous donne pourtant un ticket, le prix est déjà supérieur à celui indiqué… Un peu plus loin, arrivés à un autre accès du site on vous somme de vous garer et de prendre un guide, pour un montant exagéré, car vous ne pourriez aller plus loin et visiter les lieux sans guide… Pourquoi payer un ticket d’entrée alors ?

Nous avons choisi de passer outre. Une fois au pied du temple, vous pouvez bien en faire le tour, le regarder, mais pour y entrer, et assister aux prières avec les fidèles, il faut en effet payer et être accompagné d’un local (car non, nous n’appellerons pas ça un guide…).
Généralement, pour entrer dans un temple balinais, et cela est signalé dans tous, il faut porter un sarong, même si vous êtes vêtu correctement d’un pantalon, le sarong, ou la ceinture, ayant pour fonction de distinguer les parties pures du corps (le haut) des impures (le bas). Il est expressément demandé aux femmes ayant leurs « périodes » de ne pas pénétrer dans le temple (…!), mais surtout, dans certains secteurs du temple, ou lors de certaines cérémonies, il est très clairement indiqué que seuls les croyants peuvent passer… Normal, somme toute, exception faite de Besakih ou contre argent, pas de problème, vous êtes autorisés à observer les prières…

Cette hypocrisie doublée d’arnaque me dérange profondément, et même si j’ai apparemment raté quelque chose, je ne regrette pas d’avoir à la fois refusé de me prêter au jeu du « payes, payes, payes » ni de n’avoir pas risqué le sentiment de ne pas être ou me sentir à ma place.

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Pas mieux au Pura Pasar Agung, l’autre temple sur les flancs du même volcan tout en haut de 270 hautes marches. Là, à la bombe, on a rapidement tracé les mots « bureau des gardiens » sur un mur de briques… Il y a bien un registre et deux balinais, l’un cherchant à vendre une excursion pour le volcan, l’autre s’indignant que nous ne donnions pas la somme qu’il demande… Ici on participe pourtant sous forme de donation… Le principe d’une donation étant tout de même que son montant soit laissé à la libre appréciation du donneur… Et puis, s’accrochant à tout ce qui pourrait être gagné, on nous vendrait presque des sarongs car il nous en manque un…
La beauté du volcan, qui se cache dans la brume et les nuages qui entourent le temple, est une trop faible consolation.

Après presque un mois passé sur Bali, et sachant aujourd’hui ce que je sais de cette île, je déconseillerais tout bonnement ces deux endroits pour ces seules raisons…

 

DSC_9208 [1024x768]Mais à part ça, quel bonheur d’évoluer dans ce pays (on a bien du mal à assimiler Bali à la grande Indonésie, c’est presque un pays à part entière) ou le folklore et la spiritualité sont partout, ou les gens sont beaux et souriants, ou les fleurs sont innombrables, ou la nature est variée et ou les senteurs enivrent… Je me rappelle avoir ressenti un véritable sentiment de joie en rejoignant l’île après Lombok, retrouvant les offrandes et les fleurs de frangipanier, leurs odeurs et leurs couleurs un peu partout, jusque dans les cheveux des femmes et sur les oreilles des hommes…

 

Ubud, centre culturel de l’île est peut-être devenue une « ville à touristes », mais elle réussit pourtant le tour de force de conserver une atmosphère bien à elle, entre 2 cafés lounge ou 2 « boutiques à bobos ».

La Monkey Forest, abritant quelques temples dans son parc, est surtout visitée pour ses macaques argentés qui envahissent les allées et vous grimpent dessus avec la complicité du personnel-dresseur… Rien d’intéressant ou d’incontournable pour nous, et on en viendrait même à considérer que les singes, ce sont les touristes : tous agglutinés autour des macaques à tenter d’avoir la photo drôle et parfaite… On en vient surtout à rire de la jolie blonde qui se fait tirer les cheveux en geignant ou de celui qui se fait voler ses lunettes de soleil…

 

DSC_0332 [1024x768]Mais Ubud c’est surtout, dans la même ville, la possibilité de voir les plus beaux temples de l’île, le palace encore en partie occupé par la famille royale, et de s’échapper de l’agitation et de la circulation à travers les rizières en 5 minutes.
Des musées, ateliers et spectacles initiant à l’art balinais (car on dit que les balinais sont des artistes) se concentrent dans la ville ou ses environs qui offrent de nombreuses galeries.
Au musée Puri Lukisan nous nous initierons à l’art pictural ancestral, au trait si fin et à aux représentations si riches et complètes, inspirées des livres sacrés hindous. Et justement, dans l’hébergement familial que nous occuperons le père de famille réalise une toile que nous verrons peu à peu évoluer…

 

Dans la cour du palace nous assisterons à une impressionnante démonstration : danse barong, legong et scène du théâtre traditionnel. La danse est ici un art particulièrement surprenant.
Dans l’une d’elle la danseuse, très richement habillée d’un costume et d’une coiffe dorés, fleurs dans les cheveux et très maquillée, se « contente » bien souvent de remuer quelques doigts, de faire de petits mouvements d’épaules et de rares gestes du pied ou de la tête. Corps cambré, torse vers l’avant, fesses en arrière, pieds cassés, orteils relevés, quelque part entre la poupée et la marionnette… Son visage lui-même fait penser à un masque articulé…
Figée la plupart du temps elle joue de ses mains comme de son visage. Lèvres closes, un coin de bouche se relève imperceptiblement, ses yeux, grondeurs ou rieurs, roulent incroyablement dans leurs orbites, de droite et de gauche et ses sourcils se froncent à peine… A travers ces imperceptibles mouvements ultra contrôlés, millimétrés et codifiés se transmettent une infinité d’expressions. Et ce qui passe d’abord pour de la crispation se transforme alors peu à peu, sous mes yeux, en une forme de grâce surprenante.
Si le spectacle est fascinant, il faut reconnaitre qu’il peut être gâché par l’attitude des touristes, venu là, semble-t-il juste pour prendre une photo ou filmer quelques minutes. On se lève donc, portable ou appareil photo en main, au-dessus de la tête, gênant la vue pour tous, et allant jusqu’à quitter les lieux avant la fin…

 

DSC_9594 [1024x768]A l’ombre du mont Agung le ciel était chargé et bas, la poussière noire recouvrait nos vêtements après une journée de scooter et les temples, un peu austères, étaient de roches volcaniques. Autour d’Ubud nos excursions en scooter se firent sous un soleil radieux et à la découverte, tout au long des routes, de temples variés, innombrables et colorés.
Notamment le Gunnung Kawi, sanctuaire taillé à même la roche, au bord d’une rivière et suivant les parois abruptes des lieux. En remontant nous nous perdrons à travers ses superbes rizières jusqu’au temple du village, en plein préparatifs des prochaines célébrations. A quelques kilomètres de là, les sources sacrées de Tirta Empul se déversent sur les têtes des fidèles venus avec leurs nombreuses offrandes. Le rituel est long et nous l’observons avec recul. Chaque personne suit un « circuit » dans un bassin les menant de jets en jets, la source jaillissant de plusieurs têtes de démons à qui ils font leurs offrandes en priant.

L’eau semble être un élément important de la spiritualité, nous la retrouverons dans plusieurs endroits sur Bali.
A commencer par Tirtagangga, les bains royaux au Nord-Est, un endroit reposant ou l’eau est à l’honneur dans des fontaines, bassins à traverser et d’où émergent des statues et bassins-piscine ou l’on se baigne.

 

Nous finirons notre séjour balinais au frais, dans les montagnes du centre de l’île autour de Munduk ou nous retrouvons l’eau. Les volcans, qui s’étirent au nord, épine dorsale de l’île, abritent cette petite région montagneuse ou l’on cultive le clou de girofle qui sèche au soleil des jours embaumant les vallées.

L’eau est là, encore, au travers des trois lacs qui se partagent la vallée. Le Bratan entoure presque le célèbre temple de Pura Danau Bratan, visité alors par des groupes agités de touristes de Java.

L’eau toujours, dans une nouvelle source et son lac sacrés au pied du superbe temple de Batukaru, sur les flancs du volcan du même nom… Petit temple, peu visité, nous tombons dessus un après-midi pluvieux et brumeux. Sans attentes, sans trop savoir où nous allons, rassurés de trouver un abri, nous découvrons alors le plus beau temple que nous verrons à Bali. La faible fréquentation, l’humidité installée sur ses pierres et toits de chaumes, la végétation luxuriante et la brume on peut-être participé à nous rendre le lieu plus mystique et magique, de même que l’incroyable route qui y mène, jalonnée de superbes cultures en terrasse.

 

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A quelques kilomètres de là, la foule des touristes s’entasse au bord de la route, après leur court voyage en jeep, ou se suit dans le chemin qui traverse les incroyables rizières de Jatiluwih. Classées au patrimoine de l’Unesco elles sont en effet impressionnantes, paraissent interminables et leur couleur, à l’heure du soleil couchant et encore mouillées par la fine pluie de l’après-midi, brille d’un vert émeraude. Le sens des affaires balinais ne manque pas de s’exercer ici aussi puisque la route comporte à chacune de ses deux extrémités un péage à destination des touristes et inévitable en journée… Privatiser la nature, une nouvelle vision du tourisme !

Mais même à Mundunk, la petite localité tranquille on n’a pu y échapper pour accéder aux deux cascades du village !

Si nous en avions fini avec le Bali des mers, nous n’avons pourtant pu résister à l’envie de faire un tour sur la côte Nord, autour de Singaraja. En partant sur la trace des hollandais, à la recherche de bâtiments coloniaux et de prétendus canaux, nous sommes finalement tombés sur l’attraction, bien locale, du dimanche : une course de bateaux miniatures !
Un tour aux sources d’eau chaude de Banjar nous permettra de partager les distractions du dimanche avec les locaux, puis, finalement, vint le temps de quitter Bali…

 

Un mois sur cette île et malgré quelques désagréments liés à la forte fréquentation, nous avons toujours le sentiment que l’on pourrait en voir plus et ne jamais se lasser de cet endroit … La magie opère bien à Bali…
Mais il faut avancer et c’est finalement sous les meilleurs auspices que démarrera notre passage vers Java…

 

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2 commentaires à propos de “Bali des terres

  1. nat

    whaou!!!!! que c’est beau, tout ce que j’aime: les couleurs , la lumière, les sourires…. c’est un endroit que j’aimerai connaitre en vrai,
    mais bon, on se contentera des très belles photos que vous partagez avec nous, elles nous redonne du baume au coeur…..

    bisous à vous deux

  2. Laplaze mam

    Mmm…ça sent bon ! les fleurs, le bruit de l’eau des fontaines ou des bains, le vert apaisant des rizières: je ne veux m’attacher qu’à cela et à la fin de notre été indien-du moins à Paris-, cela tombe bien.
    Bali des mers ou Bali des terres me ravit.

    Bonne continuation et bonne route.

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