En attendant la saison des pluies…

 

La saison des pluies se fait attendre… Les chaleurs sont des plus écrasantes et sur notre route chacun ira de sa petite prédiction…

Mais puisqu’elle n’est toujours pas arrivée, comment ne pas (encore…) aller faire un tour dans les caraïbes ?

 

Rien ne ressemble plus à une île qu’une autre île hein ? Pas tant que ça !
Nous imaginions retrouver l’ambiance (trop) cosmopolite d’Utila (au Honduras) en embarquant dans un petit coucou pour voler jusqu’à Big Corn Island.

DSC_3378 [1280x768]Quelle ne fut pas notre surprise, et un peu notre déception aussi, en arrivant sur cette petite île et en constatant qu’elle n’attendait personne… A tel point qu’il peut être difficile d’y trouver son compte, surtout quand on tient à ce que les derniers jours de voyage de Nono soit paradisiaques. Même si l’on aime la vie 100% locale, lorsque même manger est difficile, cela peut devenir usant…
Nous trouverons tout de même, en faisant le tour de l’île en bus (20 minutes environs…), LA plage de carte postale, celle à laquelle vous ne pouvez résister malgré le soleil de midi, sa longueur exagérée, son absence totale d’équipements et d’ombre, son sable brulant, et le peu d’intérêt de sa mer d’huile… (Blasés vous disais-je déjà il y a quelques temps !).

Quitte à se perdre autant le faire dans un lieu vraiment perdu… Finalement pas tant que ça non plus !

La minuscule Little Corn Island se trouve à 20 effrayantes minutes de bateaux de là.
Nous avons maintenant testé pas mal de moyens de transport, souvent surprenants, fatiguants, rapides (trop) et bruyants (très), mais ces 20 minutes de bateaux sont, jusque-là, notre pire expérience ! Une grosse barque bondée, certes en très bon état et très bien entretenue, mais qui file à une vitesse vertigineuse, se cabrant, presque à la verticale, et bondissant sur les vagues… Digne d’un hors-bord ! Nono a failli en perdre son chapeau, les doigts de Nico ont bien eu du mal à desserrer le dossier de devant et je n’ai pas pu lâcher le gilet de sauvetage tout de suite… J’aurais pu vous assurer que nous allions tous passer par-dessus bord au détour d’une vague…

Little Corn Island est le rendez-vous des occidentaux en manque de caraïbes et l’on comprend pourquoi…

Aucune route ne la traverse (aucun véhicule à moteur donc), un petit chemin principal bitumé permet de la parcourir d’un bout à l’autre et une multitude de sentiers traversent ses zones encore vierges, menant aux autres plages de cartes postales…
Deux ou trois restaurants-bars occidentaux, deux centres de plongées, on manque d’électricité et cette dernière est coupée tous les jours, pas encore de système suffisant d’évacuation des déchets… Ce n’est pas encore l’invasion gringos donc, mais on y viendra un jour, pour sûr !

DSC_3439 [1280x768]L’île garde tout de même vraiment son caractère caribéen et son rythme nonchalant.
Ici peut-être plus qu’ailleurs, et sans doute parce qu’il a lieu sur seulement 4 km², le contraste est fort entre le touriste américain, short, marcel taille XXL, casquette à l’envers et tong, qui paye au resto à touriste 9$ son hamburger et le local, garifuna ou nica, qui vit entre 2 tôles, va nu pied et vend dans la rue ses empanadas à la viande pour 40cts…
Si les garifunas sont partout, majorité visible, les nicas sont plus discrets, relégués dans les quartiers (si on peut les appeler comme ça…) de tôle ou de bois éloignés des plages paradisiaques et du parcours touristique.

Les amoncellements de cages en bois envahissent l’île et attisent notre curiosité ; on les répare, on en construit de nouvelles, on les stocke, en attendant que la saison de la pêche à la langouste soit à nouveau autorisé.
Malgré la fin de saison, on en trouvera quand même, accommodée à l’ail, pour fêter le départ de Nono.

 

Je laisse aux photos le soin de vous décrire la splendeur coloniale, un peu désuète et fanée de León… (cf galerie)

De l’autre côté du pays, elle sera pour nous une retraite ou nous passerons 4 jours à nous retrouver, après le départ de Nono et reprendre nos petites habitudes.

La ville est le bastion de la lutte révolutionnaire des années 70 et 80 comme en témoignent les nombreux « murales » (graffitis) qui ornent ses murs.

DSC_3589 [1280x768]L’occasion pour nous d’en apprendre davantage sur l’histoire du pays, en particulier en visitant le Musée des Martyrs de la Révolution, avec pour guide Juan, engagé dans la lutte dès ses 13 ans… Car à la fin des années 70 être jeune sous le régime de Somoza était répréhensible, « que faire d’autre, nous dit Juan, nous n’avions pas le choix… ». Entre interventionnisme américain dès la fin du 19ème siècle, dictatures militaires interminables et une catastrophe naturelle de grande ampleur (un tremblement de terre en 72) et l’aide internationale quasi intégralement détournée, le Nicaragua fut accablé, ce qui le mena a de violentes révolutions.
Le lieu où se tient aujourd’hui le musée a été pris par les révolutionnaires lors d’une bataille dont le bâtiment porte encore les traces : des trous de balles dans son immense escalier…
C’est là que se retrouve les « anciens combattants » toujours en vie, et si ce musée ne parait pas très académique il est un souvenir vivant et vibrant de l’histoire violente du pays.

Au Musée des légendes, on n’oublie pas l’histoire révolutionnaire non plus, avant même d’aborder avec légèreté et humour les légendes locales, notre guide commencera par nous parler du lieu : l’ancienne prison dont les murs racontent une histoire lourde de torture, de répression et de meurtre toujours sous le régime de Somoza. C’est une belle reconversion pour ce lieu si chargé qui aborde les légendes parfois farfelues et effrayantes des croyances locales.

 

La pluie n’est toujours pas arrivée et nous fondons peu à peu sous des températures avoisinant les 40°C… La montagne semble alors être le refuge idéal.

A peine plus au Nord, la région montagneuse d’Esteli promet un temps plus frais et de belles balades dans la réserve naturelle de Miraflor. Organisés en coopérative les fincas (fermes) de Miraflor proposent des hébergements en famille et la possibilité de participer à la vie de la ferme…
Une belle occasion de prendre le frais en se sentant utile, nous avions d’ailleurs le sentiment depuis quelques temps de nous être transformés en vrais touristes…

DSC_3818 [1280x768]Mais quelle déception ! Car si le site Internet de l’organisation (très complet et très bien fait), vante une région magnifique et des activités nombreuses et alléchantes, la réalité nous amène chez Maribel, une femme vivant seule avec ses enfants que nous aurons bien du mal à aider car sa maison est à l’abandon, quant à sa ferme, nous ne la verrons pas !
Et malgré nos propositions répétées et nos approches en VO, nous ne pourrons à aucun moment apporter notre aide et partager la vie de la famille : nos repas ne sont même pas pris en commun et nous sommes traités en touristes… Qui plus est dans des lieux sordides, sales et des alentours immédiats finalement assez dénués d’intérêt.

Nous sommes plutôt habitués à faire des concessions sur notre confort lorsque la situation l’exige, ou simplement pour nous adapter à la vie locale et à nos hôtes. Mais là nous avons un peu le sentiment d’être les dindons de la farce !
Pire que l’écotourisme : le tourisme responsable ou solidaire, ou l’on vous fait miroiter un rachat de conscience en vivant au rythme, aux standards et aux habitudes locales tout en participant aux tâches de la vie quotidienne…
Au final, vous avez bien payé, vous vivez bien local, mais vous êtes traités en touristes et vous n’avez pas aidé autrement qu’en surpayant votre hébergement miteux et vos mauvais repas…
Oui, vous m’avez tout l’air d’un pigeon ! (Un pigeon énervé là !)

Pour nous réconcilier avec la région nous irons découvrir un peu plus bas le village du Cebollal ou, sans pouvoir aider ou participer non plus, mais sans souci de conscience pour autant, nous aurons accès, au même prix, à accueil, hébergement et repas agréables en finca entretenue. Celle-ci était plutôt destinée à un tourisme plus passif, nous n’étions pas venus pour ça mais cela aura au moins eu le mérite d’améliorer un peu notre vision de Miraflor !

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Pas de raison de nous éterniser dans le coin après ces déboires et malgré l’air plus frais des hauteurs la montagne est plutôt sèche encore.
A quelques semaines de notre départ d’Amérique Centrale nous nous décidons donc à rejoindre le Panama en refaisant le chemin (si agréable) à l’envers : la traversée de la frontière du Costa Rica sur le Rio Frio et l’entrée au Panama par les caraïbes…
Et le croirez-vous, la veille de débuter ce périple de quelques 850 km, la saison des pluies a fini par faire sa grande entrée et nous accompagnera sur toute notre route…

 
 
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Le bilan ?

 

* 32 jours sur place, environ 2.332 km parcourus, 31h30 de bus, presque 18h de bateaux, 2h d’avion, 8h15 de marche/randonnée en montagne et/ou jungle !

 

Cliquez pour visualiser la carte de notre parcours Carto - Nica

 

* Pour un Budget total de 1.558€ soit presque 23€/jour/personne en moyenne : 6,20€ de logement/j/pers et environ 3,50€/j/pers pour se nourrir (et boire un coup !).

Le vol aller-retour vers les Corn Island coutait 167€/pers taxes d’aéroport incluses.

Le Nicaragua est le dernier pays peu cher que nous visitons avant longtemps, aussi nous en avons profité pour faire le plein de ces petites choses indispensables du quotidien (dentifrice, savons, coton-tige, crème solaire, prises anti-moustiques…etc.)

 

Et en vrac tout ce qu’on a oublié de vous raconter :

* Pays réputé sécurisé et très peu cher nous pensions que le Nicaragua était de loin le plus touristique d’Amérique centrale. Nous l’avons trouvé finalement assez peu fréquenté (tant mieux !) par rapport notamment au Mexique et au Guatemala. Vision peut-être faussée par la période (mois de Mai) qui n’était pas des plus favorables…

* Les nicaraguayens ont souvent reconnus notre accent ou notre langue : « vous êtes français ? », dans tous les autres pays personne ne s’était amusé à le deviner !

* Pour les femmes, cette année (cette décennie ? ce siècle ?) la mode est aux sourcils colorés : de préférence roses ou violets assortis à une ombre à paupière fushia ou bleue… La classe !

DSC_2779 [1280x768]* Le fil barbelé est partout et délimite tout ici, mais c’est aussi visiblement le meilleur étendoir à linge !

* Même s’il y a bien une monnaie locale, le Cordoba, le dollar est roi : on vous propose presque toujours les prix en dollars et lorsque vous voulez payer en Cordoba, les locaux eux-mêmes sont ennuyés avec le taux de change… Ce qui rend la transaction moins intéressante pour nous qui favorisons toujours la monnaie locale évidemment…

* On n’a jamais autant vu de chevaux qu’au Nicaragua, ils semblent être privilégiés comme moyen de transport en milieu rural.

* Les rocking-chairs sont partout ! Bien souvent dans les maisons il n’y a pas de canapé ou de fauteuils mais 4 ou 5 rocking-chairs autour d’une table basse. Le soir on les sort pour profiter de l’air frais de la rue.

* Fin de la saison sèche, la couleur qui aura dominé était majoritairement le jaune paille…

 

Ah oui… Et il faut absolument qu’on revienne, il nous manque tellement de choses à voir encore !

 

10 commentaires à propos de “En attendant la saison des pluies…

  1. Encore une fois un chouette relation de la fin de votre voyage au Nicaragua.
    La réflexion sur le tourisme responsable est intéressante. Il semble que le concept ne soit pas clair partout. C’est dommage, c’est quand même une autre façon de visiter le monde.

    • Cam Cam

      Ben là c’est d’autant plus navrant que tu sens qu’il y a eu une vraie volonté et bonne idée au départ (il y a une dizaine d’année) et la mise en place de pleins de choses, mais comme souvent par ici, petit à petit ça périclite.
      Pas de sous pour entretenir, améliorer et sans doute au bout d’un moment tu baisses les bras, ou tu reprends tes habitudes : tu ne répares plus les toilettes, tu jettes les canettes dans ton jardin, tu ne nettoyes plus rien… Toujours pareil, on comprend qu’il y ai bien d’autres priorités dans ces endroits mais bon…

      Il y a quand même dans la réserve d’autres familles et hébergement ou les gens ont eu de meilleures experiences, on est certainement pas tombés au bon endroit !

  2. Laplaze

    On s’y croirait…reposant de voyager par procuration, parfois.
    Intéressantes expériences en attendant la pluie .
    Maintenant, nous attendons le récit de vos découvertes Panaméennes. Le chapeau sous la pluie?

    Bonne continuation et à bientôt.

    • Cam Cam

      Je viens tout juste de faire l’acquisition d’un Panama ! Et pour l’instant évidemment, je tache de le tenir au sec, j’aimerais réussir à le faire tenir nos 5 prochains mois…

  3. La Tarte Au Citron, C'est Bon

    Yep, vraiment pas de bol pour Esteli… Ca me rappelle cette hôtelière de Los Guatuzos avec ses cabines de luxe en bois précieux qui semblaient rester vide, de sombres cages à poules recouvertes d’or… Si vous avez d’autres occasions, faudra se dévouer à leur expliquer ce que cherchent vraiment les touristes, ça évitera quelques déconvenues et faillites ;-)

  4. La Tarte Au Citron, C'est Bon

    D’ailleurs voila un beau projet d’aide locale comme vous en cherchiez, vous montez une assoce « j’aide les professionnels du tourisme à comprendre leurs clients » ! Et pour ceux qui le désirent, vous les former à recevoir des non-touristes comme vous, qui veulent vivre au plus proche de l’habitant et en observer le mode de vie

    • Cam Cam

      Mouais… T’as pas envie qu’on rentre quoi ! Mais oui, clairement, c’est à faire !
      Ça se fait un peu dans certains coins indirectement sous forme de volontariat : les voyageurs sont hebergés, nourris contre gardiennage, entretien, travail et au besoin conseils, décos, developpement de la visibilité Internet…etc. Mais souvent dans le privé pour des hostels ou hotels…

      • La Tarte Au Citron, C'est Bon

        C’est vrai que c’est un peu tard pour lancer la chose en Amerique centrale…peut-etre à faire en Asie. A propos, pendant que vous y êtes encore, pouvez-vous prendre des photos de ces magnifiques cafards de 7cm qu’on trouve dans les hôtels? C’est trop bête j’en n’ai pas ramené, il faudrait que les gens voient l’envers du décor qui fait le piment de ce type de voyage :-)

  5. annoMali

    Pertinence de la prose de Camille…toujours rehaussée par les sublimes photos de Nico :
    Nicomille quoi !
    Je vais m’endormir un peu moins bête encore ce soir…
    Sinon , dimanche , en souvenir des plongées inoubliables et de la « salva vida  » , serez-vous de fervents supporters du Honduras , ou bien ?
    Bon vent vers le Panama !

    • Cam Cam

      OUI ! Enfin moi seulement, et encore de très très loin…

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