Java

 

Je craignais que Java n’ai bien du mal à nous séduire après un mois à Bali…
Pourtant dès le départ les choses semblèrent bien engagées. Non seulement nous avions enfin pu prendre un transport public et atteindre par nos propres moyens Java mais en plus, nous rencontrâmes Elodie et Julien, deux jeunes français avec qui nous partageâmes 15 jours sur cette autre île d’Indonésie.

 

La pointe est de Java n’est éloignée que d’une petite heure de ferry de la pointe ouest de Bali. Nous n’étions pas nombreux à effectuer la traversée. Arrivés au port, sans grande conviction ni insistance, on nous accueille en nous proposant transports, hôtels et tours vers le volcan voisin, principal intérêt d’un voyage dans l’est de Java.

Au gré de nos recherches sur la toile nous étions tombés sur un gite chez l’habitant chaleureusement recommandé. Embarquant nos nouveaux compagnons de voyage avec nous, nous arrivons donc là-bas, à plusieurs kilomètres de la ville, dans un petit kampung (village), devant une maison sans grands charmes et en travaux… Petites chambres sans équipements, pas même un drap, pas d’internet, pas d’eau chaude, une salle de bain partagée, de la terre et du ciment un peu partout… Ça pourrait donner à fuir et pourtant, notre hôte Ganda, pas encore 30 ans, change la donne. Lassé de la vie d’ingénieur qu’il menait « à la ville », il revient au pays et se lance, en louant des chambres dans la maison familiale.
C’est à travers lui que nous découvrirons le sens de l’accueil des javanais, leurs sourires si nombreux et leurs attentions bienveillantes. Loin d’oublier que le tourisme est un business, Ganda a pourtant choisi de donner les bonnes infos, au bon prix en aidant les voyageurs plutôt qu’en tachant de les arnaquer.

 

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La ville de Banyuwangi n’est pas d’un grand intérêt mais le kampung, lui, nous permettra d’avoir un aperçu de la vie réelle des javanais. Peu de touristes étrangers s’y arrêtent et les regards curieux, sourires chaleureux, et « hellos » sont légions. On nous interpellera souvent, on nous montrera du doigt en riant, on essayera de baragouiner 3 mots d’anglais, et on aura même, avec les plus âgés, des conversations de sourds passionnantes, eux en bahasa indonesien, nous en français, tachant d’apprendre et retenir les mots essentiels (1, 2,3, bananes, piment…etc.).
Au détour d’un sentier les volcans se dessinent au loin, constituant le fond idéal de toute vue depuis les rizières, dans lesquelles les villageois entrainent leurs oiseaux au soleil couchant… Combinaison parfaite pour se sentir dans un environnement paisible !

Au détour d’un autre sentier nous tombons sur un homme, occupé devant sa maison à étendre ce qui a l’air d’un paréo trempé… Encouragés par son sourire et ses gestes nous nous observons et nous rapprochons de la maison en essayant d’interpréter le travail qu’il accompli là. Par chance sa fille, qui fait des études d’anglais, est à la maison. Elle nous apprendra donc que, sur leur temps libre ils réalisent des batiks pour en faire des vêtements et les vendre à leurs connaissances sur internet… L’accueil est chaleureux et Fydia nous explique chaque étape nous montrant là un batik séchant, là fini, là à peine entamé…
Entre la beauté du résultat, la curiosité qui me travaille et la gentillesse de ces gens, j’hésite… Mais pas si longtemps ! Je me lance, demandant à Fydia si elle pense que je peux faire avec eux le Batik tout juste commencé, le finir avant mon départ et le leur acheter ? Rapide conciliabule entre le père et la fille et puis dans un grand sourire, oui, c’est possible, on s’y met tout de suite !
Bien sûr je n’avais absolument pas réalisé le travail que cela représentait et j’avais beau répéter « Vous êtes sur ? Vous avez le temps ? Je ne veux pas perturber vos habitudes et votre rythme », on me répondait toujours par un sourire et malgré la nuit qui descendait nous avancions sereinement… Le lendemain soir mon Batik était prêt, en moins de 24h !

Bon… Je dois vous dire que, n’ayant jamais été une grande artiste et l’essentiel du travail étant réalisé au coton tige, mon batik n’est pas parfait ! D’autant qu’à une des étapes, la couleur a bavée, se mélangeant et se répandant… On n’en a pas vraiment parlé, je n’ai pas voulu rendre la chose plus importante qu’elle ne l’était…
DSC_0785 [1024x768]Car si j’ai adoré cette introduction au Batik, l’élégance du geste et la sérénité qu’apporte sa réalisation, j’ai plus aimé encore le temps passé avec Fydia et sa famille… Les yeux rieurs et le sourire franc et sain, sous la moustache de son papa, le professeur d’art dont les œuvres ornent la maison et qui porte en chemise ses plus belles réalisations batik, le naturel et la douceur de sa maman qui nous a invités à revenir mais en logeant chez elle cette fois ! Les heures de discussions avec Fydia, coton tige en main, m’ont aussi permis d’en apprendre un peu plus sur les javanais et leurs vies quotidiennes (mais ça, ça reste entre nous !) et c’est assez émue que je les ai quittés après les traditionnelles photos incontournables et échange d’adresses mails et facebook !

 

Initialement nous étions venus pour aller voir le volcan Ijen. Volcan toujours un peu actif qui accueille en son cratère une véritable « usine » à souffre, puisqu’il en produit le minerai, des émanations toxiques importantes et un lac acide à la couleur tout à fait surprenante. Il a en plus la particularité, en l’absence de lumière, de laisser apparaitre dans ses fumées des flammes bleues.
Cependant ce n’est pas pour cela que vous le connaissez peut-être, mais pour ses mineurs qui tous les jours descendent dans le cratère extraire le souffre et en remonter 70 à 80 kilos en tee-shirt, tong et clopes au bec…

DSC_0824 [1024x768]Pour optimiser nos chances d’apercevoir les flammes nous voilà partis à 1h du matin après une bien courte nuit ! 1h de minibus et 1h30 de marche de nuit (et en montée) plus tard, nous atteignons le bord du cratère autour de 4h du matin. On aperçoit déjà le fond, et les flammes bleues sont bien là, de même que les fumées qui m’arrêteront à mi-chemin. Certains descendent avec des masques à oxygènes, masques chirurgicaux ou écharpes mouillées sur la bouche, mais je sens bien que mes yeux ne supporteront pas… Pourtant eux sont déjà à l’œuvre : « les forçats du volcan » (voir le documentaire de France 5 dans « Les routes de l’impossible »), sans aucune protection, extrayant déjà le souffre et le remontant péniblement sur ce chemin raide mais surtout dans une atmosphère tout simplement meurtrière à la longue.

Quelque part entre immense respect, fascination et horreur on ne sait pas bien ou se situer, nous qui payons en droit d’entrée une somme qu’ils gagnent à peine en une journée… Alors on se pousse, tachant de leur laisser l’étroit sentier libre, d’éviter de gêner leur progression, on proscrit tout voyeurisme bien sûr, mais on se sent quand même un peu honteux… Quant à eux ? Incroyables ! Ils ont un sourire et un « hello » pour tous, et si quelques-uns monnayent la photo ou le souvenir sculpté en souffre, la plupart ne vous demandent rien d’autre qu’une cigarette (ils ne sont plus à ça prêt, hélas…) ou un biscuit.
Remontés pour le lever de soleil, le spectacle du cratère est toujours aussi fascinant et les couleurs de ses flancs comme du lac nous hypnotiseront un long moment avant que nous rentrions épuisés…

 

Et ce n’est pas notre prochaine étape qui nous reposera : encore un volcan et encore un lever de soleil !
Difficile d’y échapper de toute façon : l’Indonésie est tout simplement une succession de volcans formant un chapelet d’îles.
En remontant vers le centre-ouest de Java nous prendrons le train le pour la première fois depuis bien longtemps et en apprécierons à la fois la lenteur, les superbes paysages et la proximité des indonésiens curieux.

Au pied de l’immense Caldeira, il fait bien froid dans le village de Cemero Lawang. Nous sommes à quelques 2000 mètres d’altitude et cela faisait longtemps que nous n’avions pas sorti nos polaires et bonnets !
Le village, ses habitants mais surtout ses hébergements sont très décevants mais notre séjour devra durer 3 jours car les indonésiens sont en vacances et les trains déjà pleins…
Par chance nous nous retrouvons pendant ces quelques jours bien accompagnés d’Elodie et Julien toujours, mais aussi d’autres français de passage… L’hôtel miteux, sale et glacial que nous occupons a le mérite d’avoir un salon que nous annexons pour quelques moments thé-couvertes ou apéros-couvertures.

DSC_1040 [1024x768]Au bout du village, l’immense caldeira de 14km de diamètre, cratère d’un ancien volcan, accueille le fameux Bromo, toujours actif, le superbe Batok et une incroyable mer de sable. En pleine nuit encore nous marchons une grosse heure pour atteindre un point de vue sur la colline d’en face. De là le lever du soleil nous offrira l’une des plus belle vue de notre voyage. Le fond de la caldeira est noyé sous les nuages, d’où émergent les deux volcans et au loin le Semeru, sommet de Java. Au fil des minutes, des heures, la brume se lève et le fond de la caldeira se dévoile… Tout simplement magique. Tout aussi incroyable sera la marche à travers la mer de sable, paysage lunaire qui semble interminable, parfois balayée par un vent puissant. Et incroyable encore le cratère fumant du Bromo et ses crêtes sableuses dont nous descendrons les flancs chauds en courant. Au pied des deux volcans se tient, isolé, un temple hindou… Surréaliste !

Nous avons d’autant plus apprécié cette matinée que nous l’avons choisie à contre-courant de ce que proposaient toutes les agences et guides : un tour jusqu’à un point de vue et dans la caldeira en jeep, avec une ou deux centaines d’autres personnes ! Et toujours autant à se partager la vue du Bromo… Quant à nous, nous avons eu le plaisir de partager la vue d’à peine plus bas avec quelques locaux mais seuls sur notre promontoire, de traverser à six la mer de sable et d’avoir le cratère pour nous !

 

Le parcours « classique » de tout touriste à Java aurait dû nous amener ensuite directement à Yogyakarta, mais parce qu’une formule, au détour d’un guide, nous avait plu, et un peu aussi parce que cela raccourcissait notre temps de trajet, nous sommes descendus du train a Solo, anciennement Surakarta.

Avant le départ, Julien trouve dans un guide une formule nettement moins réjouissante : la ville serait le berceau du radicalisme musulman, là où se trouvent les écoles coraniques les plus virulentes… A ce moment-là, d’un autre côté du monde, certains se faisaient décapiter, on appelait à faire de même à tous les ressortissants de la coalition et l’Indonésie devint un pays à éviter de l’avis du ministère des affaires étrangères français…
Dans le long train qui nous mène à Solo, un peu sur le ton de la blague, nous décidons donc de changer de nationalité et commençons à travailler notre accent belge (qui n’est pas si mauvais pensions nous alors, en toute objectivité !). Mais arrivés à Solo, les premiers contacts démentent la réputation de la ville, à commencer par le chauffeur de Bemo qui nous la vante, sachant ce qui s’en dit, et se montre curieux d’en savoir plus sur la Belgique… Moment de solitude…
Très rapidement nous abandonnerons la nationalité belge, trop difficile et injustifié de mentir à ces gens !

 

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Toute la ville se montre à la hauteur de ce premier contact. Musulmane, oui, comme pratiquement tout Java, mais tolérante, ouverte, à l’image de son roi (aujourd’hui sans pouvoir), musulman aussi, qui a divorcé il y a quelques décennies de sa 1ère femme pour en épouser une autre, catholique, à qui il a fait de nouveaux enfants…
Berceau du radicalisme religieux ? Un reproche, encore, pour le Lonely Planet, qui en faisant un encart entier prive sans doute la ville de visiteurs et les voyageurs de cet endroit que nous avons tant aimé. Nous ne savons pas ce qui les a poussés à retenir cela de Solo, sans doute un évènement arrivé, mais c’est un peu comme si l’on retenait de Toulouse qu’elle est pleine de terroristes islamistes et antisémites à cause de Mohammed Merah…

Berceau des arts et de la culture de l’île semble être une description plus réaliste ! Nous en aurons un aperçu grâce au spectacle Wayang Orang, sorte de théâtre en costume, entièrement en langue locale conseillé par l’office de tourisme… Nous nous sommes tous assoupis, sans honte car les locaux font de même, et avons quitté la salle avant la fin (comme les locaux aussi…). Au Kraton, le palais du roi, dont une partie rappelle l’héritage colonial hollandais de Java, l’orchestre de Gamelan et les danseuses répètent, sans costumes un spectacle gracieux et envoutant. Le Gamelan, orchestre traditionnel est composé de plusieurs instruments en cuivre, aux sons variés. Nous visiterons une fabrique artisanale, ou à la force des bras, sous des hangars terreux et dans une chaleur éprouvante les hommes façonnent certains des meilleurs instruments de l’île.

DSC_1692 [1024x768]Nous pourrons même les essayer dans la salle de musique de notre hébergement. Ancienne demeure coloniale hollandaise, ce dernier tient plus du palais que de l’hôtel (malgré son prix dérisoire) : immense palace ou l’ambiance est au calme et à la beauté, entre mobilier de bois sombre, tables en marbre et panneaux ou lustres de verre… Une piscine à l’arrière, des espaces communs agréables et arborés, le tout au milieu d’un kampung (quartier) aux ruelles étroites animées et charmantes, dédiées en partie au batik, autre spécialité de la ville.

Nous aurions pu y rester encore une semaine, à arpenter ces ruelles, à partager le repas des locaux le soir, sur des nattes à même le trottoir, à observer et photographier les becak (trishaws) et leurs conducteurs souvent endormis dedans, nous contenter de ces sourires et ne croiser aucuns touristes… Mais il faut avancer…

 

Elodie et Julien nous ont devancés d’une journée, nous les rejoignons à Yogyakarta, cœur de Java et ville se définissant comme capitale culturelle de l’île… Elle nous décevra, elle semble avoir vendue son âme au profit d’un business touristique exagéré et criard.
La grande artère commerçante n’est qu’une succession de boutiques de souvenirs, essentiellement destinés à des touristes asiatiques et le centre sent littéralement le crottin de cheval à cause de ses nombreuses calèches qui zigzaguent sur l’avenue encombrée…
Nous éviterons le Kraton et son spectacle trop fréquenté mais nous baladerons dans les ruelles du Kampung voisin et dans l’ancienne citerne souterraine qui l’alimentait.

Ce qui justifie pourtant un passage à Yogya, c’est plutôt la proximité des temples de Borobudur et Prambanan.
Deux ensembles bouddhistes et hindouistes qui font partie des sites majeurs d’Asie du Sud Est, et qui prouvent que par le passé ces religions cohabitaient, puisque certaines structures, contemporaines les unes des autres, ne sont éloignées que de quelques centaines de mètres.

Java aura eu pour thématique les lever de soleil, nous ne raterons pas celui de Borobudur (bien qu’un peu décevant…), et pour changer, ferons Prambanan à son couché !
Il est difficile de décrire l’effet que font les milliers de bas-reliefs détaillés racontant la vie du Buddha, les centaines de stupas de pierre vieilles d’environ 1200 ans et de tenter de se situer là-dedans… Sans être aussi mythiques et mystiques qu’Angkor Wat au Cambodge, ces sites sont tout de même des incontournables ou se mesure le poids d’une civilisation et des siècles et ont produit sur nous un véritable ravissement.

 

Comme souvent quand nous finissons la visite d’un pays, le dernier lieu, même s’il n’est pas notre préféré, nous retient plusieurs jours, 2 ou 3 de trop sans doute… Revenir à Solo ? La question s’est posée une fois qu’Elodie et Julien sont partis continuer leur route vers la Malaisie, mais nous avons finalement, pendant quelques jours, digérés l’Indonésie et en particulier Java a Yogya, ou pour finir, je n’ai pas pu m’empêcher de réaliser un dernier batik !

 

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7 commentaires à propos de “Java

  1. Laplaze

    Quelle balade! Très beau récit et ce partage avec la famille autour du batik!
    Bonne continuation à vous. Affectueusement.

  2. Wouhou!!! Trop beau!!! Quel plaisir de vous lire de vous suivre de vous rêver!!! Marseille entre théâtre bateau tourner soleil mistral et l été qui nous dit à demain!!!!! Walerie !! Mil Besos!!!

    • Cam Cam

      On partage donc un peu un été sans fin :P
      Tu vends si bien Marseille qu’on finira par passer t’y voir hein !?

      Bises à toi (et aux filles !)

  3. Edith

    Au delà des paysages éblouissants que vous découvrez au fil du voyage, je suis persuadée que ce sont les moments de complicité et de partage comme cette fabrication de batik que vous garderez à jamais en mémoire.
    Bon vent !

    • Cam Cam

      Exactement, de loin pour moi l’expérience la plus significative d’Indonésie, c’est vraiment touchant de voir l’hospitalité, l’ouverture des gens, leur curiosité, et tout ce qu’il sont capable de donner…

      Grosses bises à vous

  4. annoMali

    Vraiment , très sym-batik ce nouveau récit…

    • Cam Cam

      Ah les jeux de mots Chalade… Gardez en un peu pour Noël quand même, ça nous a manqué et on compte bien rattraper 1 an… ;-)

      Bisous à tous

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