Lombok, des Gilis au Rinjani

 

Combien de fois cette année nous sommes nous fait la réflexion : « On arrive trop tard, le tourisme de masse nous a précédé… ».
Et combien de fois avons-nous regretté de ne pas être de la génération qui a pu découvrir certains paradis encore épargnés…

Petite île d’Indonésie, juste à côté de sa fameuse voisine Bali, Lombok, moins visitée, résonnait alors comme une promesse…
 
Notre arrivée au port de Bangsal, au nord-ouest de l’île aurait pu nous mettre la puce à l’oreille : on n’avait pas débarqué en terre inconnue… Tout près de là, les îles Gili accueillent depuis déjà longtemps des cales et des cales de fêtards ou de rêveurs qui profitent de ces plages paradisiaques ou des sportifs en mal de challenge partant à l’assaut du volcan Rinjani…
Mais laissons cela pour plus tard…

Nous, nous n’étions aucuns de ceux-là, nous étions 2 trentenaires et 2 tout frais sexagénaires à la recherche de « l’autre Indonésie »…

Les rabatteurs, nombreux au port, semblaient plutôt sages, nous répétant doucement, calmement, qu’il faudra passer à leur boutique, qu’ils nous aideront, qu’ils nous attendent là-bas… C’est une fois que nous cherchons à éviter leur intermédiaire que se révèle une nature agressive et un refus marqué et violent de renoncer à nos dollars qui leur apparaissent comme un dû. Car nous sommes coupables, dès la sortie du bateau, de ne pas vouloir rentrer dans le jeu de ce tourisme ou l’on doit payer plus, toujours plus, puisqu’après tout, pour nous ce ne sont que quelques euros !

Premier contact un peu négatif donc mais la destination choisie par nos visiteurs nous fera voir un autre visage des Sasak (peuple de Lombok).

DSC_8861 [1024x768]Une circulation dense et capricieuse, des villages et villes sales et bruyantes, c’est ce que la route révèle de l’île pour arriver jusqu’à Tetebatu, petit village au centre de l’île et au drôle de nom et que l’on pourrait croire africain ! Si Tetebatu figure encore sur les guides c’est grâce à ses superbes rizières, mais si la place qu’on lui accorde dans ces mêmes guides diminue édition après édition c’est peut-être parce que tout le monde n’a pas su exploiter comme il le fallait les atouts de cet endroit. Comme dans beaucoup d’autres lieux les hôtels-restaurants peu entretenus se délitent et n’attirent plus les gens qui cherchent un minimum de confort, tout du moins d’hygiène. Et comme souvent dans ce type d’endroit, il en est toujours un plus malin, ou plus riche que les autres, pour construire le nouvel hôtel charmant et propre que vous choisirez forcement même s’il coute 2 fois le prix…

Pour l’hôtel ce fut inévitable… Mais en tachant d’éviter ces circuits tout tracés et en nous baladant dans le village nous sommes tombés sur le petit bureau d’un guide local sympa et convivial dès le 1er contact : Jaya, que nous avons suivi 2 jours pour explorer les environs. Nous faisons très peu appel à des guides habituellement, préférant visiter les lieux par nos propres moyens, mais la région semblait ne pas s’offrir au 1er venu et c’est sans regret que nous avons passé ces 2 jours à découvrir les rizières des alentours, ponctuées de villages traditionnels accueillants et ouverts.
Jaya nous aura permis de manger 100% local, chez l’habitant ou dans des restaurants introuvables, de profiter de vues splendides sur les rizières, d’en savoir un peu plus sur les cultures et les modes de vie, et de visiter villages et boutiques mettant à l’honneur un artisanat local riche et varié : poterie, tissage, bambou, fabrique de tofu…

DSC_9009 [1024x768]Et puis nous avons aussi eu la chance d’être au bon endroit au bon moment, pour assister notamment à un exercice prisé sur l’île : le combat de bâton, qui est une compétition très sérieuse, parfois impressionnante et d’une violence rare. Mais elle peut aussi ressembler à une farce quand à la fin d’un round ou d’une action les combattants se mettent à danser et se narguer, à la fois pour se provoquer mais aussi pour faire baisser la tension, la colère qui les habite alors. Cela devient carrément loufoque lorsque c’est le très sérieux et tout puissant juge qui s’y met, entre deux rounds ou avant les combats.
« On dit que s’il y a une mort dans l’arène cela ne peut relever d’aucun tribunal, personne ne peut être condamné… » me dit mon voisin prof d’anglais… Cela arrive alors parfois ? « Je ne crois pas ! »…

Même si les femmes ne sont pas toutes voilées ici comme en Malaisie (« C’est qu’ici on vit la religion dans nos cœurs, pas sur nos corps » nous dira joliment Jaya), impossible d’oublier qu’on est en terre musulmane ! Le chant du muezzin est très régulier (5 fois par jour), et semble même parfois interminable !

Et puis le samedi soir à Tetebatu il faut passer au petit restaurant du coin, autour du vin de riz nous tombons sur un bœuf improvisé : le serveur, le fils du patron, leurs amis et le patron lui-même poussent la chansonnette en grattant leurs guitares, nous permettant enfin de découvrir des groupes indonésiens modernes sur des rythmes rock et reggae. Un regret : ne pas avoir pu les accompagner au chant et ne pas avoir eu parmi nous un joueur de guitare pour leur faire découvrir les groupes français qui nous font aussi chanter entre amis certains samedi soirs…

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Cette étape nous a permis d’appréhender Lombok avec optimisme mais la suivante nous fâchera un peu avec la destination, et notre guide de voyage ! Ce n’est pas la première fois non plus que nous le remarquons mais le Lonely Planet n’est plus pour nous la référence qu’il était auparavant.
Il vante par exemple Kuta Lombok, tout au sud de l’île, comme un paradis encore préservé : côte splendide et village attachant… Dès les premières minutes nous avons tous eu des doutes ! Les terres arides, les immenses plages sans charme, les déchets un peu partout, mais surtout le village poussiéreux et sans attraits, voilà ce que nous nous aurions pu écrire sur un guide ! Ajoutez à cela des hébergements encore plus décevants et sales qu’auparavant mais surtout des locaux clairement désagréables, menteurs et arnaqueurs et vous comprendrez pourquoi, dès la première nuit passée, nous avons choisi de partir le lendemain ! Une tentative d’exploration de la côte à scooter nous aura à peine convaincue, et c’est avec le sentiment d’avoir perdu 2 jours que nous quittons les lieux !

 

Plus tard, nos visiteurs seront repartis, nous revenons dans les environs et nous séparons pour la première fois depuis 10 mois de voyage !

Pendant que Nico part à l’assaut de l’exigeant volcan Rinjani, au Nord de Lombok, je l’attends sur l’une des trois îles Gili.
 
DSC_0004 [1024x768]Gili air, la plus à l’Est, la plus proche de Lombok aussi, offre depuis son front de mer une jolie vue sur sa côte et le fameux Mont Rinjani. C’est de là que partira puis reviendra Nico, c’est surtout là que je vivrais pendant 5 ou 6 jours la dure vie de la vacancière de bord de plage… Exploration des fonds marins (coraux et poissons plutôt variés et colorés), bronzette sur la plage, lecture, sirotage de jus de fruits frais et autres milkshakes affalée sur des banquettes en bord de mer, balade autour de l’île (1h de marche, si, si , tout de même !), et rattrapage d’articles en retard…
Les locaux ici, parlent un anglais (et même un français) un peu aguicheur et fatiguant. « Ça va ? A tout à l’heure ! » et autres attentions en diverses langues, sonnant toujours faux et s’accompagnant inévitablement d’un quelconque service ou d’une prestation à vous vendre. Inspirés par les australiens en goguette ils ont adopté le look surfeur sans être jamais montés sur une planche et vous donnent du « mon ami, mon frère » à tout bout de champ, même lorsque c’est pour vous demander trois fois le prix…

Peu entretenue, l’île est plutôt sale, très sèche et très poussiéreuse, les hébergements un peu miteux, la plupart des restaurants franchement pas terribles mais voilà, l’eau est turquoise et toute juste rafraichissante, le soleil rend les gens heureux, et il faut le dire, même à mon niveau de cynisme, l’ambiance relax et la faible fréquentation d’un début de saison basse sont fort appréciables !
Mais c’est sans regret que nous quitterons les Gili et ses insulaires, on a fait le tour ! Et même en sachant que c’était sans doute la dernière île « paradisiaque » de notre voyage, on a vraiment le sentiment d’avoir fait le plein de soleil, de sable et de mers turquoises…

 

Pendant ce temps-là au Rinjani…
Challenge relevé, sommet atteint et un bilan surprenant… Cela valait il le coup ?
Pour s’être suffisamment renseigné avant son départ Nico savait à quoi s’attendre, et pour être un habitué de la montagne, il se savait capable d’atteindre sans mal les 3726m d’altitude. Mais un sommet, un trek de 3 jours, même en étant en condition, c’est toujours un petit challenge quand même !

DSC_0109 [1024x768]Malheureusement peu de voyageurs s’en rendent compte, en cause : leur légèreté autant que celle des organisateurs et guides. Car si une multitude de personnes partent marcher chaque jour sur le Rinjani, elles ne savent pas toutes avec quelle agence, quel guide, dans quelles conditions…
Et pour cause, les rabatteurs de Bali à Lombok font converger les marcheurs jusqu’à la ville de départ en passant par au moins 2 à 3 intermédiaires…
Pas de panique, arrivés au départ personne ne vous oubliera, glissez-vous dans les rangs, suivez le mouvement… En revanche si on a oublié de vous prêter des gants, si vous aviez besoin de chaussures ou d’une veste (car oui, il fait froid au sommet…), manifestez-vous, personne n’y pensera pour vous ! Tout comme personne ne vous alarmera sur le fait que vous devez vraiment avoir une bonne condition physique, un bon équipement et des vêtements chauds… Pire, vous tomberez peut-être sur un guide qui, n’ayant aucune notion du temps, vous annoncera 2h de marche là ou 4h30 vous attendent.

Nico a eu cette chance : partir avec un groupe de novices, certains d’entre eux marchant pour la première fois de leur vie en montagne… C’est sans doute déjà difficile de marcher 3 jours d’affilée 5h par jour pour la première fois, mais en plus sur un terrain sableux, faire plus ou moins 2.000 mètres de dénivelé, en arrivant de nuit… Imaginez !
Il a donc marché en tête, à son rythme, 1 à 3h devant le groupe, en même temps que les porteurs avec qui il avait le temps de boire le thé et monter les tentes avant l’arrivée de tout le monde ! Source d’admiration pour certains, il a vécu un trek physique, hélas pas une grande aventure humaine car les locaux ne parlaient pas suffisamment anglais pour pouvoir échanger et ses compagnons de route étaient souvent trop épuisés pour s’attarder à discuter, mais une des principales choses qu’il retiendra sera, encore, hélas, la saleté…

Tout au long de la montée, mais surtout aux camps de bases c’est un tapis de détritus sur lesquels on s’installe, on mange, on plante les tentes… Un véritable dépotoir… Si les guides et les porteurs semblent ramener les déchets des groupes, ils sont quand même nombreux à s’éparpiller d’eux-mêmes dans les vents d’altitude sans que personne ne leur courent après.
Et quand on demande aux bureaux du parc national ce qui est fait, les réponses sont aussi laconiques qu’hypocrites… « La faute des touristes, on met des affiches, oui, oui, vous payez un droit d’entrée, et alors, vous croyez qu’on a besoin de vous ? » A côté de leur bureau, un panneau préventif, et juste en dessous… un tas de déchets…

 

7 commentaires à propos de “Lombok, des Gilis au Rinjani

  1. Wajouuuuu…. Quel article!!! Passionnant et triste! Quand vous reviendrez promis une balade en bateau dans une baie marseillaise sans touristes. Plancha sur terrasse vue sur la mer et de douces soirées à se raconter!!! Mais au fait vous rentrez quand? Hi Hi mil Besos Walerie

    • Cam Cam

      Oh que c’est tentant ! Ça tombe bien, Marseille sera forcement une de nos destination en 2015…
      On rentre mi-Novembre, et puis on hiberne tout l’hiver en attendant le soleil… :-(

  2. Quel dommage qu’il faille tant de temps pour que les populations locales prennent conscience de l’importance de leur environnement. On sait bien que ce n’est certainement pas leur première préoccupation (vivre décemment doit passer loin devant) mais ça ne coûte rien de ramasser et d’apprendre à ses gosses à le faire.
    Ceci-dit, on trouve encore des crétins décérébrés dans nos « pays civilisés » qui ne savent pas utiliser une poubelle publique et t’insultent quand tu le leur signales.
    Bon, m’en vais voir l’album de photos, ça va me consoler…
    Bisouilles

    • Cam Cam

      Les photos font toujours rêver elles… Mais l’envers du décor est bien râlant oui… Il semble en effet qu’ils ne sachent tout simplement pas les conséquences…
      Très récemment à Java, nous étions super heureux de voir les vendeuses de café-thé récupérer nos gobelets en plastiques et bouteilles : « génial, elle les mettent dans une poubelle ! »… Juste le temps de les jeter dans un feu improvisé, là, sur les flancs d’un mont, face à un des plus beaux lever de soleil de l’île… Pfffff

  3. Mathias Mathias

    À propos du guide, je partage votre avis, mais je modère un peu parce qu’il date quand même de 2009. En 5 ans, certains trucs peuvent quand même pas mal changer. Mais c’est clair que cette excuse ne marche pas pour tout. Et du coup, j’ai pas mal apprécié de faire en parallèle des recherches sur internet sur les coins ou sur les hôtels qui nous intéressaient.

    • Cam Cam

      Ben figures toi qu’on avait la dernière édition Bali-Lombok… On a pu comparer, je pense qu’ils ne sont pas repassés dans le coin depuis un moment…

  4. christel

    bravo à Nico !!!!

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