Quartier rouge : Cours de langue à Tortuguero…

 

A suivre, le récit et les images d’Arnaud, un ami venu nous rendre visite et en voyage pour la 1ère fois en Amérique Centrale.
Nous déclinons toute responsabilité quant aux propos de l’auteur et aux réactions des lecteurs…

 

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On aborde très peu les activités sexuelles sur ce blog, alors que je suis sûr que plein de questions travaillent de nombreux lecteurs…

Accueillir un ami sur son tour du monde, c’est magnifique me direz-vous, mais tous les soirs dans sa chambre ? N’est-ce pas un peu osé ?

Porter la chandelle au milieu d’un couple offre-t-il un point de vue privilégié ? La présence permanente du chandelier rend-elle plus familière les relations ? Et, devenu partie intégrante du décor, est-il alors témoin de l’invisible, l’indicible, l’inavouable, l’inavalable ?

Ah ah !!! Que nenni, lecteurs de Voici ! Ravalez cette salive que je vois déjà couler de vos commissures, je ne vous dirai rien des séismes, tempêtes, arcs en ciel, éruptions volcaniques que l’on peut observer en chambrée !!!
Au mieux, vous saurez que pendant ces 4 semaines, nos deux tourtereaux n’ont cessé de critiquer les matelas à ressorts, et que la qualité du lit compte pour un bon 70% des points lors de l’évaluation d’un hôtel.

Néanmoins, je pense qu’il est temps d’ouvrir une nouvelle rubrique sur ce blog, car on vit de belles histoires en voyage :

Quartier Rouge

Aujourd’hui, ça sera Quartier Rose avec des marguerites : Nous allons laisser de côté les aventures de Cam et Nico, un instant partis avec papa et maman à Montezuma, et revenir sur mon trip en solo, à Tortuguero, côte Caraïbes, Costa Rica.

 

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P1030027 [1280x768]Tortuguero a un charme bien incongru pour une idylle. Au fin fond du delta de la rivière San Juan, un village de quelques centaines d’âmes au milieu des grenouilles, lézards et crocodiles, sur une île verdoyante où viennent pondre les tortues marines. Cernée par l’océan à l’Est, la jungle et des canaux à l’Ouest, Tortuguero est une sauvage. La mer y est trop violente pour s’y baigner et on trouve, çà et là, une charogne en bordure de ruelle pour nous rappeler que Dame nature n’a pas totalement perdu ses droits.

Ainsi Tortuguero est trop belle pour être ignorée des touristes, mais trop rebelle pour accepter les histoires d’amour du premier pékin s’imaginant à Venise, de ces histoires qui se terminent par un baiser sur fond de coucher de soleil, un mariage et 15 enfants.

 

Prenons le cas de Mlle C*** (dont nous garderons le nom confidentiel).

« Je viens ici pour la lumière » m’avait-elle dit en souriant, d’une voix timide, comme pour s’excuser. Dans le noir de la nuit de 19h, ça n’était sûrement pas moi qui rayonnais, sirotant ma canette de Pilsen telle une coupe de champagne, en pleine partie d’échecs contre mon téléphone portable, mais bien l’unique néon de la terrasse de l’hôtel Miss Miriam 2 dont je m’étais accaparé la meilleure place éclairée.

En comparaison C*** apportait le soleil à minuit et selon mon sentiment, qu’elle vienne m’adresser la parole était bien trop beau pour être vrai. Depuis mon départ de San José le matin même, j’avais observé ce groupe de quatre Allemandes prendre successivement les mêmes bus et bateaux que moi pour échouer ici même, un hôtel injustement déserté en bordure du village.

Las Cabinas Miss Miriam 2 avaient presque un pied sur la plage et un pied dans la jungle, mais cela était imperceptible de nuit.
On ne voyait que cette terrasse en mezzanine qui donnait sur une cour pleine de verdure. Son escalier principal était très mal situé, à l’opposé de tout.
On accédait donc à la terrasse par un long balcon qui desservait quatre chambres identiques, à l’étage. Le gérant avait un sens unique de l’assignement puisque les deux chambres des filles encadraient la mienne, me plaçant au centre des communications, tandis que la quatrième était dévolue à une bande de Canadiens (sans envergure comme vous vous en doutez).

 

P1030102 [1280x768]Les conditions semblaient idéales. Seul au milieu des Teutonnes, il n’aurait pas été très compliqué d’engager la discussion avec elles, tant nous partagions de choses sur notre palier, des transats à la corde à linge, mais je n’eus même pas cette peine.
Lorsque C*** surgit à la lueur du néon pour lire son livre à mes côtés, accoudée à la balustrade, on peut convenir que l’atmosphère commençait sérieusement à sentir la fraise Tagada. Non seulement elle venait de m’approcher seule, comme perdue dans le noir, sollicitant ma bienveillance, mais repérée depuis San José, C*** était la plus belle de mes quatre désormais voisines, sans contestation possible. Il y avait de quoi faire naître des idées et ça tombait bien, je n’avais jamais connu les magies allemandes…

 

« Belle », j’avais évoqué ce mot en moi-même et m’étaient revenues en mémoire des paroles saisies au vol quatre jours auparavant, dans un backpackers de Monteverde : à une table du bar, une Allemande se plaignait à une autre étrangère de la fougue chasseresse des Français, ainsi que de leur manque d’originalité. « You’re beautiful ! That’s what Frenchmen always say to me ! ».
Entendu depuis l’autre bout de la salle, je regrettais de ne pouvoir intervenir. Bien que, détaillant la donzelle d’un coup d’œil, j’aie reconnu de suite l’escroquerie géante dont elle subissait les lourdeurs, j’avais surtout retenu que les Français avaient déjà une réputation bien établie de ce côté du Rhin, et qu’il m’allait falloir sortir les gants de velours.

Non, « Belle » ne tenait pas la route, le mot ne valait plus un clou, trop usité et banalement utilisé hors propos….

A quoi ressemblait-elle ? A cette heure-ci, je ne pouvais en apprécier que les aspects extérieurs.
Très attirante de la tête aux pieds, elle avait les épaules fines, des hanches ni larges ni étroites, des courbes expressives mais polies, des jambes d’autant plus longues qu’on pouvait tomber à genoux en les voyant.
Son visage était d’une beauté classique tout à fait éclatante sous sa longue chevelure claire. La mâchoire un tantinet carrée renforçait son autorité, tandis que le sourire avenant et permanent mettait à l’aise tout interlocuteur.
Ces yeux ressortaient surtout, de ces yeux de souris à qui l’on ne refuse rien, infiniment doux sous ses sourcils blonds.

Il se dégageait de sa personne une grande simplicité, ni piercing ni tatouage, pas de maquillage, pas de bouton ni de grains de beauté, tout juste quelques taches de rousseur sur les pommettes venaient relever son teint nordique. On avait vite fait d’oublier un mignon petit bidon que je découvrirai plus tard, ou bien encore la fermeté de sa peau blanche qui me donnait à imaginer que le sport n’était pas sa passion, sans qu’on ait évoqué le sujet.

En effet, tout n’était que naturel chez elle et rien d’ostentatoire. Flirtant avec les 1,80m, elle eut, avec peu d’efforts, fait de l’ombre à un certain nombre de mannequins. Mais ce qu’elle avait de merveilleux, c’était cette brillance modeste, elle restait discrète et laisser respirer les autres qu’elle n’écrasait ni même n’éclipsait.
Bref, « Splendide !», voilà un terme plus approprié pour résumer mon impression.

 

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Après quelques courtoisies échangées pour lui faire de l’espace, je m’aperçus très vite que la lecture n’était qu’un prétexte à la discussion.
Apprenant ma nationalité, elle me dit avec une candeur ahurissante qu’elle aimait la France, aurait rêvé avoir un mec français, aimait pratiquer le français et souhaitait continuer le dialogue dans cette langue. C’était la cerise sur le pompon, un véritable appel au carnage, et je ne pouvais que flairer l’entourloupe, elle devait me faire marcher…

Mais non, toujours avec le même naturel, elle commença dans un français tout à fait acceptable à raconter son périple. Elle venait de Munich ; elle avait été fille au pair un an en France ; elle débarquait de Monteverde avec sa troupe de Bavaroises qui malheureusement pour elle était novice en voyages, peu portée sur les rencontres et vivaient en autarcie entre Mars et Jupiter.

J’avais une sortie nocturne de prévue à 21h avec un guide, sur la plage, pour découvrir la ponte des tortues Luth.
Elle m’a donc tenu compagnie les deux heures suivantes jusqu’à mon départ et ce fut un enchantement. On a refait le monde, et 3 fois le tour du monde, toujours en langue française dont elle aimait la musicalité, avec son lot de phrases bancales et d’occasions de se marrer. Cela me motiva à déterrer mes restes d’allemands enfouis depuis 18ans, colmaté d’espagnol sauce anglaise, on marchait sur la Lune !

Vint l’heure fatidique et elle me proposa de se revoir le lendemain au parc national de Tortuguero, un tour de 5 km dans la jungle qu’elle avait prévu de parcourir avec ses amies. J’acceptais immédiatement, encore halluciné par la situation.

La ponte des de la tortue Luth vaut le détour, même si j’en ai raté un bon bout. Voir une tortue de cette taille n’est pas courant, on n’en trouve pas dans les aquariums.

 

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Le jour suivant, rendez-vous avait été pris à midi pour le parc national.
On était encore en plein tournage de La Petite Maison dans la Prairie puisque 5 minutes avant le départ, Frida, Gretel et Heidi (ou quels que soient leurs prénoms) avaient la bonne idée de se faire porter pâles pour la rando, ou bien préféraient lire, me laissant seul avec C***.

Toujours l’épisode de Monteverde en tête, j’interrogeais l’une d’elles sur le sérieux d’abandonner leur copine seule dans la jungle toute l’après-midi avec un Français. Mon pressentiment se confirmait lorsque devant son «Non» ébahi, je dus élucider l’ironie de la question et me rendre à l’évidence : ces Allemandes se shootaient au sirop de framboise, c’était désormais certain. Il fallait aussi avoir sniffé un ou deux barils d’Ariel pour être aussi pures.

Mais aucune arrière-pensée n’était décelable dans le comportement de C***, et j’entrai normalement avec elle dans le parc.

 

P1030074 [1280x768]D’emblée un obstacle se présentait : Le temps pluvieux depuis la veille avait en grande partie inondé la piste. Rien au loin ne laissait présager une amélioration. Il fallait soit marcher par 10cm d’eau, soit tailler une voie parmi les arbres, sinon rebrousser chemin.
« Charles Ingalls, que n’as-tu pris ta hache ? » pensais-je ! Mais c’était sans compter l’intrépidité de C***, et là où les gens renonçaient à poursuivre, elle se jeta dans les bois avec ses godillots, se faufilant sous les branchages. Étant pour ma part chaussé de tongs, j’optais pour la pataugeoire.

Passés les 200 premiers mètres, le sentier redevenait praticable et le parc était à nous deux. Des arbres en tous genres, des végétaux dont j’ignorais le nom nous entouraient… je jouais les guides en français mais mes descriptions farfelues ne tinrent pas debout bien longtemps.

C*** était immensément curieuse et l’étonnement marquait son regard face à ce monde inconnu. Tout ce sur quoi elle jetait les yeux prenait un air nouveau.

A son contact, on perdait facilement dix ans ; et moi ça m’arrangeait parce que c’était probablement notre différence d’âge. Perdu dans nos bavardages continuels j’étais sous le charme. Hérons, grenouilles et autres animaux m’étaient devenus complètement indifférents, et si un groupe de singes hurleurs 10m au-dessus de nous a bien interrompu nos palabres, je crois qu’un singe capucin sortant du cul d’un caïman dans les bras d’un puma chantant la Marseillaise n’aurait pas davantage retenu mon attention.

P1030044 [1280x768]On chemina à l’ombre des bananiers Haribo et des lianes en guimauve jusqu’à la plage… déserte, forcément… sous les cocotiers, évidemment… mais avec trois bonnes heures d’avance sur le coucher du soleil, ce qui au pays de Cocagne s’appelle une sérieuse erreur de timing.
Je m’en souviens bien, elle s’essayait alors à placer dans la conversation le terme « carapace » qu’elle venait d’apprendre par gourmandise, au sujet des tortues. J’avais alors retenu sa traduction allemande, « Panzer »… Les choses prenaient une tournure sinistre. On marcha et marcha encore, mais dans la mauvaise direction, celle qui nous ramenait à l’hôtel. Les singes hurlaient leur consternation, de toutes parts les vagues mordaient la poussière…

 

C*** a déjà un soldat, je le savais depuis la veille. Bien qu’elle me laissât certains doutes sur son attachement, une telle franchise était soit une réalité indiscutable, soit une réelle maladresse.
A ce stade de la relation, son honnêteté n’avait pas cédé une once de malice. L’amitié franco-allemande ne pouvant souffrir les conséquences d’un nouveau tir non-conventionnel de l’artillerie française, je n’ai pas eu le cœur à entacher cette magnifique après-midi sur la Voie lactée. La 3ème Guerre mondiale a dû être évitée de justesse.

 

P1030106 [1280x768]P1030100 [1280x768]On a regagné nos pénates en remontant la plage, sans doute suivis comme depuis le début par un cortège de tortues, singes araignées, fourmiliers, paresseux, kinkajous, coatis, qui se fendaient la poire en silence. Je n’avais pas la tête à me retourner.

On finit la journée par une trempette, une fois ses amies retrouvées, dans cette mer des Caraïbes qui voulait nous happer. J’ai su résister à la tentation.

 

Le lendemain matin, dans la boîte à sardines qui me ramenait à San José, à l’arrêt de sa correspondance garée devant nous et sur le point de partir, C*** n’a pu me dire adieu que de loin.
En hâte, oppressée par des gens qui ne lui parlaient pas en français, elle me fit un geste de la main, condamnée à prendre un bus qui ne l’emmènerait nulle part…

19 commentaires à propos de “Quartier rouge : Cours de langue à Tortuguero…

  1. Cam Cam

    Brecdouille l’ami ! :lol:

    Quand je pense qu’après ton départ on a croisé une autre allemande qui t’avait repéré…
    Ton avenir est peut-être de l’autre côté…

    Merci pour ta prose l’ami, besos

  2. Ah ces rencontres de voyages. Je n’ai jamais eu l’occase d’être confronté à cela vu que je voyage toujours en couple mais je conçois que le voyage facilite les rencontres auprès des backpackers.
    Dommage que tu n’es pas mis une photo de Mlle C*** ! lol

    Sinon pour tortuguero, j’ai écris un article complet sur le sujet mais de façon – ludique que toi :p
    http://www.chrissandvoyage.com/tortuguero.php

    • Arnaud

      Eh non pas de photo, mais je l’ai suffisamment décrite pour que vous l’imaginiez ;-)

  3. AnnOmali

    Joli clin d’oeil !
    Pour Melle C… , fallait pas oublier ta guitare !
    (si tu es l’ami musicien entendu à l’occasion de l’anniversaire de Camille )
    Bon vent aux voyageurs pour la suite !

    • Arnaud

      Yes c’est moi.. J’avais pensé à la prendre mais j’avais peur d’ennuyer Nico et Cam, ils sont devenus trop fondus de reggaeton:-)

  4. Julie

    J’doooore mais trop déçue par la fin, je ne peux pas y croire… reprenons : le coucher de soleil, ensuite c*** quitte son groupe de saucisses et paf retour ensemble en Europe pour un tour romantique des capitales suivie d’une opportunité en or pour nono en Allemagne pas trop loin de la frontière car c*** ne se lasse pas des sonorités françaises… Tu as pris son adresse mail au moins ?

    • Arnaud

      oui, oui, j’ai de quoi reprendre contact … Au fond je ne fais rien la semaine prochaine, un petit aller-retour à Munich pourrait s’envisager… à méditer

  5. Mathias Mathias

    Mdr ! J’adore ! Merci Nono pour ce super récit où on retrouve bien ta verve et ton verbe. Je l’attendais avec impatience. J’ai été servi !

  6. Julie R

    Servus ! Ich gratuliere für deine Erzählungen. Du bist der neue Marc Levy! Ich hätte bevorzugt, dass deine Geschichte eine anderen Ende kennt, es hat mich fast zu Tränen gerührt aber ich denke, es ist das, was die ganze Schönheit darin macht. Such dir ein Job in Deutschland, Junge !
    PS : wenn du es nicht schaffst, diese Nachricht zu übersetzen, wirf ein Blick in dein Lehrbücher wieder !

    • Arnaud

      sehr gut meine Freundin! Ich wusste nicht, dass du Deutsch sprachst. Ich bin ungeduldig, deinen Akzent zu hören!!

      • Julie R

        Natürlich mein Freund ! ;-)

  7. Pfffffffffffff, la chute est nulle !
    Ça commençait pourtant bien, j’étais grave dans l’ambiance et paf ! la grosse déception.
    Je retiens quand même le fait que ma nièce fréquente des gentlemen (je mets Nico dedans sinon je vais avoir des soucis) qui n’abusent pas de leurs charmes ravageurs auprès des touristes :-D

  8. Laplaze mam

    En effet, l’idylle guimauve que l’on entrevoyait et à laquelle on voulait bien croire n’a pas eu lieu et quel dommage.
    J’en suis toute chamalow et au pays du zan, à défaut de Tristan, il eut fallu un Tarzan. Mais quel récit! Bravo Arnaud et bonne chance pour la suite.

    • Arnaud

      Merci! Oui on peut regretter cette fin tragique. C’est hélas le compte-rendu d’une réalité, peut-être que je me mettrai à la fiction dans un futur article…

  9. clo

    un bonbon, un régal ce récit. je me suis délectée. même de la fin, après tout on n’en aurait jamais su autant si tu l’avais déglinguée au fin fond de la jungle! bonne continuation mon Nono ;)

    • Arnaud

      Merci Clochette, ça je ne dirai pas le contraire :-D A bientôt j’espère, qu’on se croise avant votre départ…

  10. nat

    sympa cet article . avec mamie on c’est bien amusées! évidement comme Arnaud on reste un peu frustrées . Nous attendions le passage érotique
    conseil de mamie (81 ans): tu aurais du te montrer un peu plus entreprenant ….le soldat allemand n’en aurait jamais rien su.
    bisous

    • Cam Cam

      Ah bravo Mamie !

      Bisous a vous !

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