Une semaine dans les nuages.

 

Après 2 semaines à Xela on avait bien prévu de descendre se réchauffer un peu au Lac Atitlan… Mais non ! La veille du départ nous changeons nos plans ! Il existe un coin de montagne vers Huéhué appelé Todos Santos, ou le Guatemala traditionnel et la langue Mam aurait toujours cours… On ne peut pas rater ça !

 

(Une parenthèse sur les noms de ville… On vous a déjà parlé de Quetzaltenango appelé Xela, il faut savoir que la plupart des noms de ville ici sont souvent longs et/ou compliqués (ça ressemblerait presque à des noms malgaches) : Huéhuétenango, Chichicastenango, Panajachel… etc. Ils sont donc raccourcis en Huéhué, Chichi, Pana par les locaux eux-mêmes ! )

 

Nous passons donc 4 jours dans les nuages à Todos Sanstos, 2.900 m d’altitude, accueillis par une bruine infernale un froid glacial et une purée de pois qui nous empêche de voir à 3 mètres ! Le village est petit et presque désert lorsque nous arrivons avec ce temps et à 19h30 déjà toutes les boutiques sont fermées, nous avons même du mal à trouver un comedor où diner.

Au matin après une nuit glaciale les nuages ont disparus et le soleil est bien là. Le village est réveillé aussi et grouille de personnes en habits traditionnels; il semble que ce soit l’un des derniers lieux ou hommes, femmes et enfants portent les mêmes habits depuis des décennies (ou plus ?). Si les femmes et petites filles sont très souvent en tenues typiques, tous villages confondus, il est très rare en revanche, que les hommes eux portent les mêmes habits. L’exception est donc à noter, et particulièrement marquée ici au travers des grands cols de chemises tissés à la main durant 15 jours par les femmes.
Les locaux pratiquent aussi encore la langue Mam de leurs ancêtres mayas, bien plus que l’espanol.
En explorant la ville nous avons la chance de tomber sur un commerçant adorable : Miguel, qui a vécu 6 ans en France et qui nous raconte l’histoire de son village et nous conseille des balades et randonnées à faire dans les environs.

 

Dès l’après-midi nous explorons les villages alentours de Tzunul et San Martin, minuscules localités. Ici tout le monde est amical, poli et curieux et nous pouvons très facilement discuter avec tous. Les lieux sont si peu fréquentés par les touristes que souvent, les locaux, en particulier les enfants, n’ont jamais ou peu vu de « blancs » et se montrent parfois timides, parfois amusés mais acceptent toujours l’échange voire le sollicitent. C’est comme ça que nous rencontrons Enrico et Pedro qui nous demande de les prendre en photos et de leur envoyer plus tard. Un signe de la main de loin, un « Buenas ! », une question, un sourire… Tout est prétexte à discuter.
Tous nous demandent d’où nous venons mais rares sont ceux qui connaissent la France, et parfois même l’Europe. La référence est le temps de voyage pour aller jusque-là : « combien d’heures de bus ? » Ah non, il y a un océan, on vient en avion… Une fois même, dans le parc central, Nico montre sa diapo de la tour Eiffel… Rien à faire… Connaissent pas ! Pour beaucoup tous les pays sont ou doivent être des états américains…. Et nous sommes donc tous des gringos !

C’est un vrai plaisir de se sentir les bienvenus et au cœur d’une histoire et d’une culture très riche.

 

L’histoire du Guatemala est violente et sanglante. Dans le dernier siècle les dictatures militaires se sont succédées menant à des guerres civiles qui ont particulièrement touché la région et les personnes d’origines mayas et ce jusqu’au milieu des années 90.
Maintenant apaisé, le village et ses environs ont su conserver leurs coutumes locales.
Mais aujourd’hui encore, plus de 500 ans après l’arrivée des colons, près de 200 ans après l’indépendance, les indigènes, comme ils s’appellent, sont toujours discriminés et peu ou quasiment pas représentés dans les instances dirigeantes et politiques.
Ce constat c’est Miguel qui nous l’explique, et qui ajoute que les communautés mayas sont solidaires et structurées mais ne s’organisent pas à plus grande échelle, se contentant de leur quotidien.

 

Ici, les enfants travaillent : aux champs, sur des stands de nourriture, à la vente de journaux, au cirage de chaussures, vendeurs de rues…etc. Et celui d’environ 6 ans que vous verrez jouer à la roue avec un pneu de vélo crevé coupait du bois à la machette pour le foyer 2 heures plus tôt… Une moitié irait à l’école…

Le lendemain nous partons pour un autre sommet, La Torre, 3.820m, plus haut sommet non volcanique d’Amérique centrale. En 1h30 à 2 h de marche au milieu de senteurs qui nous rappellent la garrigue, nous atteignons la cime ou se tient une superbe antenne radio et où nous rencontrons une famille en train de se prêter à une cérémonie religieuse, mélange de religion chrétienne et de rites mayas sur fond de chants envoutants. Nous redescendons avant que les nuages nous rattrapent…

 

Samedi enfin, c’est jour, très coloré, de marché à Todos santos. Au pied de notre hôtel s’installent des stands provisoires de fruits, légumes, pains, bric à brac, animaux, tacos, …etc. Nous profitons du début de journée ensoleillé pour prendre un peu de hauteur et trouver une vue sur la ville. Dans l’après-midi, en quelques minutes, tous remballent quand la foule se dissipe et que les nuages tombent sur la ville.

 

Puis nous quittons Todos Santos pour Nebaj, plus à l’est, en pays Quiché ou vivent les mayas Ixil cette fois.
Après 4 jours de bonhommie, de gentillesse, on en serait presque devenus naïfs… Si on ne nous avait pas « fait le sac » sur le trajet, sur le toit d’un minibus… Rien de grave, beaucoup de prudence, un peu de chance, les choses chères et précieuses étaient sur nous dans un petit sac mais nous n’avons plus de téléphone portable ! (On saura s’en passer !)

Nebaj aussi nous accueille sous la brume, un village beaucoup plus grand mais qui disparait vite dans la nuit, il y a très peu d’éclairage et comme, pour l’instant, partout au Guatemala, on n’y vit pas très tard.

Dans le marché artisanal, un vieux monsieur tient ce que l’on pourrait appeler un office de tourisme, il nous renseigne sur la région, nous conseille des balades et nous laisse prendre en photo les pages du guide qui nous intéresse plutôt que de tacher de nous le vendre !

Nous commençons donc la découverte du pays Ixil par une petite randonnée de 2h vers Acul, très joli petit village dans la vallée, entouré de champs. Une ambiance très bucolique règne ici : vaches, moutons et cochons sont nombreux, une rivière large et rugissante longe le chemin et par endroit on se croirait dans certains alpages… C’est notamment le cas au bout du village lorsque nous arrivons à la Finca San Antonio, qui produit du très bon fromage au lait de vache. Une famille arrivée d’Italie dans les années 30 a construit ce lieu… Et on comprend mieux la ressemblance avec les Alpes… C’est la rencontre avec un habitant qui y travaille qui nous y mène, nous l’accompagnons prendre son poste et visitons l’étable d’où s’échappent les odeurs de foin et de bouses qui me ramènent à mon Lot et à l’étable de Pépé et Mémé…

 

 

Le lendemain est jour de marché à Chajul, petit et peu fréquenté, mais une autre occasion de découvrir de nouvelles tenues traditionnelles, ici les femmes portent le même genre de jupe qu’à Todos Santos mais d’un rouge vif ou bordeaux et entremêlent dans leurs cheveux un ruban orné de pompons colorés. Ni plus ni moins que nos anciennes particularités régionales en somme, il semblerait juste parfois qu’ici le temps ce soit arrêté.
L’idée me séduit assez… Et si au lieu de voir les mêmes minishorts en jean et leggings tout l’été de Paris à Marseille on changeait un peu ?

Il se dit qu’initialement ces différences de teintes et/ou de tenues auraient été instaurées par les conquistadors pour distinguer le lieu d’origine des indigènes.

Si nous sommes en observation, nous sommes aussi très observés ou montrés du doigt par les mères à leurs jeunes enfants qui découvrent pour la première fois ce qui ne peut ressembler pour eux qu’à des ovnis ! Lorsqu’ils nous voient ils ouvrent parfois des bouches et des yeux ronds… Imaginez, nous sommes pâles, habillés n’importe comment, Nico a peu de cheveux et moi des lunettes noires immense qui me prennent la moitié du visage…

La pluie et le froid finissent par nous cueillir dans l’après-midi, et ainsi se terminera notre semaine dans les nuages…

 

Au retour nous avons refait un passage par Xela pour 24h : nous avions des adieux à faire, à la ville mais surtout à l’hôtel qui a été pour nous comme une maison pendant ces 2 semaines.
L’Hostel Nim Sut est tenu par une famille qui vit ici et avec ses hôtes. L’accueil-salon, la cour et la cuisine sont partagées et Gloria, sa sœur Angela et le petit Christopher sont aussi adorables et bienveillants que l’on pourrait l’attendre de membres de sa propre famille, on a donc fait les photos souvenirs, juré de se donner des nouvelles et nous sommes quitté dans de grandes embrassades !

 

 

6 commentaires à propos de “Une semaine dans les nuages.

  1. Mathias Mathias

    Plus je vous lis, plus j’ai l’impression d’être dépaysé.

  2. Laplaze

    Grâce au récit et aux photos, le plus confortablement du monde nous voyageons par procuration et tranquillement, cheminons d’un village ou petite ville à l’autre.
    Entre plaine et montagne, petit détour par les nuages, doucement mais sûrement nous devenons dépendants et espérons la suite.
    LaplazeMam

  3. Pico

    Merci de nous faire voyager ainsi. On oublie tous nos petits soucis en vous lisant.

  4. Mamie Yvette

    Bien reçu votre carte et vous remercie. Super voyage. Vous faites bien de profiter de votre temps. Dominique vient de me faire voir vos dernières photos : elles sont très belles et vous aussi. Ainsi nous pouvons avoir des contacts et je vous en remercie.
    Grosses bises à tous les deux.

    PS : je vous écris de la médiathèque de Villepreux où je suis abonnée.

    PS2 : Les photos sont comme toujours superbes, et celle des 5 hommes de dos est géniale ! (Dominique)

    PS3 : Bravo, bravo ! Je suis très fier de vous… et de Mamie Yvette. (Yves)

    • Nico

      Bonjour à vous tous !
      Nous aussi, nous sommes très fiers de Mamée Yvette et ravis d’être suivis et d’avoir de vos nouvelles.
      On vous embrasse tous.
      Nico et cam

  5. Cat

    Je ne dirai pas mieux que Laplaze et Pico. Les photos de Nico dépaysent et égayent nos journées pluvieuses.
    J’attends la suite de votre voyage si bien conté par Camille. Bises.

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